Une nouvelle d’une terrible concision du syrien Zakaria Tamer, un fabuleux forgeron autodidacte, raconte comment un dompteur entouré de ses élèves fait plier un tigre en dix jours. Dix jours au fil de la torture ordinaire infligée au citoyen arabe : mépris, obligation d’écouter le discours du chef… Le tigre fait le fier mais le dompteur a du ressort et entreprend de l’affamer et enfin de le forcer à manger de l’herbe.
Les « tigres au dixième jour », nouvelle parue en 1978, faisait le récit désespérant de l’écrasement de l’individu par une machine politico-policière qui semblait, à cette époque, disposer de l’éternité devant elle. Et qui se donnait le moyen de dompter les sociétés et d’obtenir leur consentement. Cette nouvelle narrait l’emprise absolue des appareils de pouvoir où le seul ersatz de bonheur individuel réside dans la soumission.
Zakaria Tamer qui a dû s’exiler à Londres pour éviter d’être dompté a, peut-être, songé que le dixième jour du tigre n’était pas définitif et qu’il y en aurait un onzième. Le dompteur – le régime – a trop abusé de sa position de force présumée et surtout de la patience des tigres syriens qui se sont mis à manger de l’herbe par considération de l’environnement hostile dans lequel se trouve leur pays. Désormais, ils ne l’acceptent plus. Et la nouvelle de Tamer a une suite…
Au Onzième jour, les tigres découvrirent que le pays c’était eux et que leurs morts, par néantisation, pas soumission, était la propre mort de tous. Ils décidèrent de ne plus entendre le discours du dompteur, de ne plus brouter de l’herbe et d’être ce que la nature à fait d’eux : des créatures libres.
Au onzième jour, les tigres syriens manifestent et meurent. Convaincus que sans liberté et sans dignité, ils sont déjà morts. Au onzième jour, les tigres de Syrie ont cessé d’avoir peur. Ils ne veulent pas laisser le temps au dompteur de rétablir la situation, de recréer cette peur de mourir qui est pire que la mort.
Les syriens, ces tigres du 11ème jour sont dans un temps que le dompteur ne parvient pas encore à imaginer, celui de sa mise au chômage, de l’inutilité de son savoir et de la vacuité d’une vie muette. Le « jeune » Bachar Al Assad ne se rend toujours pas compte que les appareils politico-policiers ont perdu le pouvoir d’inspirer la peur par leur seule existence et par la violence « exemplaire » destinée à paralyser les velléitaires.
Le pouvoir-dompteur réprime et la rage de liberté et de dignité du citoyen-tigre enfle. Bachar Al-Assad lève l’état d’urgence tandis que les « dompteurs » tirent à balle réelle, les syriens n’ont pas besoin de plus de signaux pour deviner que le régime cherche à gagner du temps, à espérer un second souffle pour rétablir la gouvernance par la peur. C’est bien pour cela que les syriens considèrent qu’après tout ces morts, aucun retour en arrière n’est désormais possible.
Le régime a encore – peut-être – une possibilité de négocier un vrai changement. Mais cette possibilité s’amenuise de jour en jour. Le régime n’a pas saisi que le tigre syrien ne veut plus, ne peut plus retourner au dixième jour….
K.Selim
Maghreb Spirit
« Je suis passé par des siècles de bouches cousues.» disait le poète irakien Abdel-Amir Jaras. Un blog pour en découdre, quand on peut, avec le silence.
vendredi 22 avril 2011
Nous ne murirons pas ensemble ?
Dans une tentative laborieuse de créer un « débat », M.Belkhadem Abdelaziz, secrétaire général du FLN affirme que la société algérienne ne serait pas « assez mûre » pour un régime parlementaire. En situation normale l’assertion renverrait à la très classique discussion de première année de sciences politiques sur les mérites comparés des systèmes présidentiel et parlementaire. En situation algérienne réelle, il ne faut en retenir qu’une seule chose : M.Belkhadem et ses semblables se sentent très « murs » pour décréter que les algériens ne sont pas murs à la démocratie. Il fut un temps où M.Belkhadem, collé aux basques d’un Abdellhamid Mehri, peu accommodant pour le régime dont il connaît parfaitement les ressorts, pensait autrement. Il aurait pu dire : « nous murirons ensemble ». Là, apparemment, il pense qu’il a « muri » sans nous, M.Belkhadem. Il lui reste à nous dire combien de temps faudra-t-il pour le peuple algérien soit enfin décrété «mur». Et surtout pourquoi un peuple qui serait si immature devrait se prononcer sur des choses aussi compliquées qu’une révision constitutionnelle ? Pourquoi fatiguer le bon peuple qui n’a pas la « culture démocratique » nécessaire et qui serait, c’est cela l’implicite, disponible à profusion chez les cercles dirigeants du pays. Le ministre de l’intérieur est, au fond, plus conséquent. Il a une loi sur les partis politiques qui oblige son administration à recevoir le dossier de création d’un parti, de vérifier s’il est complet et remplit les conditions et de délivrer un accusé de réception. C’est ce que vient d’expliquer, à nouveau, le président de la LADDH, Mustapha Bouchachi, cet adorateur «immature » de la loi, en estimant que le ministre de l’intérieur n’a pas le pouvoir de refuser la création d’un parti mais qu’il peut saisir la justice administrative à qui il revient de trancher. Mais Bouchachi n’a pas « compris » qu’il faudra attendre que la société algérienne soit mure pour que ce respect des procédures et des lois soit de mise. Le ministre, lui, veille à l’ordre public et à la quiétude générale et, estimant probablement que la scène politique n’est pas « mure », il a décidé, sans en référer à la justice, de suspendre l’application de la loi. Celle-ci sera appliquée quand les bonnes conditions seront réunies. C'est-à-dire, quand le pouvoir décidera qu’elles le sont. Gageons qu’avec la culture ambiante, les algériens ne « muriront » pas de sitôt. La politique, dans un cadre libre bien entendu, est un constant apprentissage. On peut en retenir, en surface, les aspects spectacles, mais sur le fond, elle permet, par le débat et la confrontation, une négociation permanente entre les intérêts pour parvenir à un équilibre … qui sera renégocié par la suite. Elle sert, surtout, à éviter les crises ou à la résoudre, au moindre cout, par des voies pacifiques. Dans ces systèmes, balisés par le droit et arbitrés, in fine, par les citoyens dans les urnes, un homme politique qui laisserait entendre, même de manière implicite, que les électeurs ne sont pas suffisamment murs n’a pas d’avenir. Dans un système fermé, l’argument de l’immaturité du peuple – entendu sous mille et une rengaines en Tunisie et en Egypte – sert à maintenir le statuquo. Quand la politique n’est pas rétablie pour permettre une libération continue de l’énergie générée par la tectonique sociale, on se condamne à aller jusqu’au bout de cette crise que les hommes politiques « murs » n’arrivent pas à voir. Qu’est-ce qu’un séisme, si ce n’est une libération soudaine d’une énergie, trop longtemps et trop dangereusement, comprimée.
vendredi 25 mars 2011
NO FLY ZONE ET NO LIFE ZONE
par K. Selim
Sur Ghaza, c'est la no life zone. Personne ne s'en soucie, alors que depuis plus des décennies, des Palestiniens sont en révolution contre le régime en place, celui du racisme et de l'occupation coloniale. A l'heure où la chaîne Al Jazira, dans une mutation remarquable, nous présente l'Otan comme une angélique organisation armée de défense des droits de l'homme, il est utile de le rappeler.
En espérant qu'on ne sera pas accusés d'être les défenseurs de l'affreux dictateur de Tripoli ou de ses semblables ailleurs dans le monde arabe. Mais, sur la Libye, à moins de faire l'aveugle, les opérations occidentales sont meurtrières et le seront de plus en plus, à mesure qu'il devient patent que l'insurrection n'a pas le moyen d'inverser le rapport de force militaire au sol.
La résolution 1973 du Conseil de sécurité, rendue possible par la Ligue arabe, ne donne pas aux Occidentaux le mandat de détruire le régime de Kadhafi. Il faut le rappeler clairement. C'est pourtant bien le but des Occidentaux. Or, les défections au sein de l'armée loyale à Kadhafi se sont taries. Le régime tient, il a ses tribus et ses villes. On s'installe, à moins d'une intervention terrestre, dans un statu quo propice à la somalisation de la Libye ou du moins sa partition. Les Occidentaux tentent, par des moyens militaires, de rompre ce statu quo.
Ils ne peuvent, officiellement du moins, intervenir au sol. Pour affaiblir le régime, ils doivent aller vers des bombardements massifs, vers une tentative d'annihilation de tous ceux qui soutiennent actuellement Kadhafi. En clair, il faut un énorme massacre que l'on doit applaudir au nom de la nécessité d'éviter un autre massacre. En définitive, on doit choisir entre les victimes qui sont toutes libyennes.
Le conflit politique a changé de nature en Libye avec l'intrusion des Occidentaux et la démission des Etats voisins qui auraient dû «intervenir», par tous les moyens, en faveur des Libyens contre le régime. Désormais, la situation leur échappe.
Les choses peuvent également échapper en Syrie, où la rigidité du régime, son refus de se réformer ouvrent une gigantesque fenêtre d'opportunité pour les Occidentaux d'en finir avec un des derniers pays récalcitrants à la pax-americana dans la région.
Il est bon de rappeler, dans ce contexte et à l'heure où la propagande occidentale se félicite que la question palestinienne n'occupe plus l'esprit de la «rue arabe», que Ghaza et les territoires occupés sont des «no life zones». Et qu'y vit une population sous blocus depuis des années, encerclée par une gigantesque armée coloniale.
Et pour conclure ce survol des drames régionaux, une observation se confirme bien : les analyses faciles sont souvent les moins pertinentes. Le réseau arabe d'information sur les droits de l'homme vient, à juste titre, de tancer avec vigueur la «star» Al Qaradhaoui. Elle met en relief la duplicité politique du religieux qui a soutenu la révolution en Egypte et en Tunisie (c'est bien), qui a décrété une fatwa pour tuer Kadhafi (est-ce le rôle d'un religieux d'appeler au meurtre ?) et qui a qualifié (c'est franchement honteux) la contestation au Bahreïn de confessionnelle et qui ne dit rien sur la répression en Arabie Saoudite. Al Qaradhaoui obéit-il à une analyse politique cohérente ? Ou bien édicte-t-il des fatwas sur la base de son statut de fonctionnaire d'Al Jazira ?
Soutenons donc les révolutions authentiques des peuples mais ne soyons pas dupes, les enjeux sont complexes. Et n'oublions jamais que parmi ces peuples, il y a les Palestiniens qui se battent avec un grand courage et de faibles moyens contre l'oppression du dernier système d'apartheid de la planète.
Sur Ghaza, c'est la no life zone. Personne ne s'en soucie, alors que depuis plus des décennies, des Palestiniens sont en révolution contre le régime en place, celui du racisme et de l'occupation coloniale. A l'heure où la chaîne Al Jazira, dans une mutation remarquable, nous présente l'Otan comme une angélique organisation armée de défense des droits de l'homme, il est utile de le rappeler.
En espérant qu'on ne sera pas accusés d'être les défenseurs de l'affreux dictateur de Tripoli ou de ses semblables ailleurs dans le monde arabe. Mais, sur la Libye, à moins de faire l'aveugle, les opérations occidentales sont meurtrières et le seront de plus en plus, à mesure qu'il devient patent que l'insurrection n'a pas le moyen d'inverser le rapport de force militaire au sol.
La résolution 1973 du Conseil de sécurité, rendue possible par la Ligue arabe, ne donne pas aux Occidentaux le mandat de détruire le régime de Kadhafi. Il faut le rappeler clairement. C'est pourtant bien le but des Occidentaux. Or, les défections au sein de l'armée loyale à Kadhafi se sont taries. Le régime tient, il a ses tribus et ses villes. On s'installe, à moins d'une intervention terrestre, dans un statu quo propice à la somalisation de la Libye ou du moins sa partition. Les Occidentaux tentent, par des moyens militaires, de rompre ce statu quo.
Ils ne peuvent, officiellement du moins, intervenir au sol. Pour affaiblir le régime, ils doivent aller vers des bombardements massifs, vers une tentative d'annihilation de tous ceux qui soutiennent actuellement Kadhafi. En clair, il faut un énorme massacre que l'on doit applaudir au nom de la nécessité d'éviter un autre massacre. En définitive, on doit choisir entre les victimes qui sont toutes libyennes.
Le conflit politique a changé de nature en Libye avec l'intrusion des Occidentaux et la démission des Etats voisins qui auraient dû «intervenir», par tous les moyens, en faveur des Libyens contre le régime. Désormais, la situation leur échappe.
Les choses peuvent également échapper en Syrie, où la rigidité du régime, son refus de se réformer ouvrent une gigantesque fenêtre d'opportunité pour les Occidentaux d'en finir avec un des derniers pays récalcitrants à la pax-americana dans la région.
Il est bon de rappeler, dans ce contexte et à l'heure où la propagande occidentale se félicite que la question palestinienne n'occupe plus l'esprit de la «rue arabe», que Ghaza et les territoires occupés sont des «no life zones». Et qu'y vit une population sous blocus depuis des années, encerclée par une gigantesque armée coloniale.
Et pour conclure ce survol des drames régionaux, une observation se confirme bien : les analyses faciles sont souvent les moins pertinentes. Le réseau arabe d'information sur les droits de l'homme vient, à juste titre, de tancer avec vigueur la «star» Al Qaradhaoui. Elle met en relief la duplicité politique du religieux qui a soutenu la révolution en Egypte et en Tunisie (c'est bien), qui a décrété une fatwa pour tuer Kadhafi (est-ce le rôle d'un religieux d'appeler au meurtre ?) et qui a qualifié (c'est franchement honteux) la contestation au Bahreïn de confessionnelle et qui ne dit rien sur la répression en Arabie Saoudite. Al Qaradhaoui obéit-il à une analyse politique cohérente ? Ou bien édicte-t-il des fatwas sur la base de son statut de fonctionnaire d'Al Jazira ?
Soutenons donc les révolutions authentiques des peuples mais ne soyons pas dupes, les enjeux sont complexes. Et n'oublions jamais que parmi ces peuples, il y a les Palestiniens qui se battent avec un grand courage et de faibles moyens contre l'oppression du dernier système d'apartheid de la planète.
lundi 14 mars 2011
LA RUINE DE LA «DEMOCRATIE SPECIFIQUE»
Les Tunisiens ne se sont pas contentés de faire fuir le tyran et son indécente famille. Ils ont joué un tour historique à l'ensemble des autocraties et autoritarismes arabes. Même la très fermée Arabie Saoudite est touchée par cet élan libérateur tunisien de rétablissement total de la citoyenneté. Les Tunisiens sont soupçonneux et ils restent vigilants sur les possibilités de détournement de la révolution. Mais le progrès est déjà prodigieux.
S'ils n'ont pas de recettes toutes faites à donner aux autres, ils ont déjà réussi à fixer un niveau d'exigence démocratique qui est en train de devenir une plateforme générale. Et plus la démocratie prendra de l'ancrage en Tunisie rien n'est jamais sûr en la matière , et plus cette citoyenneté exigeante deviendra la norme. Le mauvais «tour» que les Tunisiens ont fait aux régimes est dans cette norme qu'ils établissent dans la lutte : une démocratie. Sans aucun qualificatif additionnel qui, traditionnellement au Sud, est créé pour fixer des «lignes rouges» et surtout pour vider la notion de toute substance.
Les régimes perdent ainsi une marge de manœuvre. Ils ne pourront plus décréter qu'une société arabe est inapte à la démocratie et qu'il lui faudra deux siècles d'apprentissage, sous autoritarisme bien entendu, pour prétendre accéder à une démocratie sans adjectifs additionnels qui retranchent ou vident.
Le roi du Maroc, Mohammed VI, qui a reçu des appuis bruyants des démocraties occidentales en annonçant un chantier de réformes politiques, le découvre déjà. Dimanche, il a fait jouer la répression contre des contestataires qui n'ont pas été impressionnés outre mesure par la «révolution tranquille» du roi louée par l'establishment partisan.
Les jeunes du mouvement du 20 février sont dans la norme «tunisienne», alors que l'establishment est toujours dans la vieille norme de la sujétion qui consiste à applaudir tout ce qui vient du Roi. Il y a comme une rupture culturelle entre le vieil establishment politique, encore prisonnier des vieux schémas, et des jeunes et des associations qui sont totalement dans le nouvel esprit né avec la révolution tunisienne. Il suffit d'écouter Khadija Ryadi, présidente de l'Association marocaine des droits de l'homme (AMDH), expliquer que les réformes annoncées ne sortent pas d'une «démarche traditionnelle avec un roi qui décide de tout», pour comprendre que les choses ont bien changé.
Les Tunisiens ont ruiné le «spécifique» et sa «tyrannie» qui consiste à offrir les apparats de la démocratie sans son contenu. La persistance de la demande de réformes politiques, même après la parole censée décisive du roi, illustre parfaitement le nouvel esprit qui parcourt le monde arabe.
La démocratie spécifique à la tunisienne a vécu. Les démocraties spécifiques à la marocaine ou à l'algérienne n'ont pas d'avenir.
S'ils n'ont pas de recettes toutes faites à donner aux autres, ils ont déjà réussi à fixer un niveau d'exigence démocratique qui est en train de devenir une plateforme générale. Et plus la démocratie prendra de l'ancrage en Tunisie rien n'est jamais sûr en la matière , et plus cette citoyenneté exigeante deviendra la norme. Le mauvais «tour» que les Tunisiens ont fait aux régimes est dans cette norme qu'ils établissent dans la lutte : une démocratie. Sans aucun qualificatif additionnel qui, traditionnellement au Sud, est créé pour fixer des «lignes rouges» et surtout pour vider la notion de toute substance.
Les régimes perdent ainsi une marge de manœuvre. Ils ne pourront plus décréter qu'une société arabe est inapte à la démocratie et qu'il lui faudra deux siècles d'apprentissage, sous autoritarisme bien entendu, pour prétendre accéder à une démocratie sans adjectifs additionnels qui retranchent ou vident.
Le roi du Maroc, Mohammed VI, qui a reçu des appuis bruyants des démocraties occidentales en annonçant un chantier de réformes politiques, le découvre déjà. Dimanche, il a fait jouer la répression contre des contestataires qui n'ont pas été impressionnés outre mesure par la «révolution tranquille» du roi louée par l'establishment partisan.
Les jeunes du mouvement du 20 février sont dans la norme «tunisienne», alors que l'establishment est toujours dans la vieille norme de la sujétion qui consiste à applaudir tout ce qui vient du Roi. Il y a comme une rupture culturelle entre le vieil establishment politique, encore prisonnier des vieux schémas, et des jeunes et des associations qui sont totalement dans le nouvel esprit né avec la révolution tunisienne. Il suffit d'écouter Khadija Ryadi, présidente de l'Association marocaine des droits de l'homme (AMDH), expliquer que les réformes annoncées ne sortent pas d'une «démarche traditionnelle avec un roi qui décide de tout», pour comprendre que les choses ont bien changé.
Les Tunisiens ont ruiné le «spécifique» et sa «tyrannie» qui consiste à offrir les apparats de la démocratie sans son contenu. La persistance de la demande de réformes politiques, même après la parole censée décisive du roi, illustre parfaitement le nouvel esprit qui parcourt le monde arabe.
La démocratie spécifique à la tunisienne a vécu. Les démocraties spécifiques à la marocaine ou à l'algérienne n'ont pas d'avenir.
samedi 12 mars 2011
RENTE ET REFORMES
par K. Selim
Le roi du Maroc, Mohammed VI, a annoncé mercredi soir des réformes, au contenu encore indéfini, pour absorber une contestation politique nouvelle qui a émergé en dehors de l'establishment partisan traditionnel. Celle-ci est le fait de jeunes - ils ont démarré sur Facebook, avant de se retrouver le 20 février dans la rue - qui lui demandent de régner sans gouverner. Ils ont l'appui d'associations comme l'Organisation marocaine des droits de l'homme (OMDH), qui estiment qu'il faut désacraliser le monarque.
Même si ce mouvement de jeunes est accueilli avec une certaine condescendance, il inquiète la plupart des partis politiques traditionnels. Leur propre discrédit et une situation sociale difficile donnent à ces mouvements naissants un potentiel de croissance important. Mohammed VI, qui a eu, au début, une réaction méprisante à l'égard des revendications exprimées par des jeunes, a sans doute été ramené à de meilleurs sentiments par des amis occidentaux, déjà surpris par la «chute » des remparts Ben Ali et Moubarak, pour prendre l'initiative du changement pour mieux le contrôler.
Les bruyantes déclarations de satisfaction des pays occidentaux après le discours du roi sont manifestement destinées à l'appuyer vis-à-vis de l'opinion marocaine.
Il n'est pas surprenant non plus de constater que les partis marocains traditionnels saluent avec emphase la «révolution tranquille» engagée, selon eux, par le palais. Les jeunes du 20 février ou l'OMDH, dont la présidente Khadija Ryadhi, qui récusent le maintien de dispositions constitutionnelles mettant le roi «au-dessus de la Constitution», sont beaucoup plus critiques.
La dichotomie entre l'establishment politique marocain et la jeunesse est une réalité. Et fondamentalement - jusqu'à preuve du contraire -, l'initiative du roi vise à essayer de crédibiliser cet establishment face à la contestation émergente qui ose poser la question de la limitation de ses pouvoirs. Mais, c'est une donnée fondamentale, le régime, n'ayant pas de rente, est condamné à montrer une disponibilité politique qu'on ne trouve pas à Alger.
Ici, on est dans l'ouverture homéopathique sur fond de discours qui se veut très centré sur les préoccupations économiques et sociales des Algériens. C'est quasiment une tentative de retour au contrat implicite qui a existé dans les trois premières décennies de l'indépendance, où la société était contrainte de renoncer à ses libertés politiques en contrepartie de l'assurance que l'Etat assure l'éducation, la santé et le salaire. Il n'est pas besoin de revenir sur les effets pervers d'un tel fonctionnement, même s'il était animé de bons sentiments populistes. Mais on sait depuis octobre 1988 qu'il est dépassé. Du moins le croyait-on.
Pour démontrer que les Algériens n'ont pas, ainsi qu'il l'affirme, des revendications politiques, le pouvoir est contraint de laisser faire l'informel et de redistribuer un peu plus pour ceux qui ont de l'emploi. Les travailleurs et les différentes corporations qui, depuis des années, ferraillent pour améliorer leurs revenus, ont bien senti qu'il existe une opportunité revendicative à saisir dans cette phobie de la politique du pouvoir.
Toute contestation sociale pouvant devenir politique, ce qui était refusé hier devient accessible aujourd'hui. Les temps de révolution chez les voisins deviennent ainsi des temps de revendications ici. Toute la question est de savoir si la rente est suffisante pour servir tout le monde
Le pouvoir algérien, à force d'œuvrer à différer la réforme politique, prend le risque d'une course dispendieuse sans fin derrière les revendications sociales. Le bon sens aurait commandé de faire de la rente un moyen de lancer une réforme inévitable et non de la contrarier. Mais on a l'habitude. Le seul moment où il a été question de réformes politiques en Algérie a été celui où les caisses de l'Etat étaient - presque - vides.
Le roi du Maroc, Mohammed VI, a annoncé mercredi soir des réformes, au contenu encore indéfini, pour absorber une contestation politique nouvelle qui a émergé en dehors de l'establishment partisan traditionnel. Celle-ci est le fait de jeunes - ils ont démarré sur Facebook, avant de se retrouver le 20 février dans la rue - qui lui demandent de régner sans gouverner. Ils ont l'appui d'associations comme l'Organisation marocaine des droits de l'homme (OMDH), qui estiment qu'il faut désacraliser le monarque.
Même si ce mouvement de jeunes est accueilli avec une certaine condescendance, il inquiète la plupart des partis politiques traditionnels. Leur propre discrédit et une situation sociale difficile donnent à ces mouvements naissants un potentiel de croissance important. Mohammed VI, qui a eu, au début, une réaction méprisante à l'égard des revendications exprimées par des jeunes, a sans doute été ramené à de meilleurs sentiments par des amis occidentaux, déjà surpris par la «chute » des remparts Ben Ali et Moubarak, pour prendre l'initiative du changement pour mieux le contrôler.
Les bruyantes déclarations de satisfaction des pays occidentaux après le discours du roi sont manifestement destinées à l'appuyer vis-à-vis de l'opinion marocaine.
Il n'est pas surprenant non plus de constater que les partis marocains traditionnels saluent avec emphase la «révolution tranquille» engagée, selon eux, par le palais. Les jeunes du 20 février ou l'OMDH, dont la présidente Khadija Ryadhi, qui récusent le maintien de dispositions constitutionnelles mettant le roi «au-dessus de la Constitution», sont beaucoup plus critiques.
La dichotomie entre l'establishment politique marocain et la jeunesse est une réalité. Et fondamentalement - jusqu'à preuve du contraire -, l'initiative du roi vise à essayer de crédibiliser cet establishment face à la contestation émergente qui ose poser la question de la limitation de ses pouvoirs. Mais, c'est une donnée fondamentale, le régime, n'ayant pas de rente, est condamné à montrer une disponibilité politique qu'on ne trouve pas à Alger.
Ici, on est dans l'ouverture homéopathique sur fond de discours qui se veut très centré sur les préoccupations économiques et sociales des Algériens. C'est quasiment une tentative de retour au contrat implicite qui a existé dans les trois premières décennies de l'indépendance, où la société était contrainte de renoncer à ses libertés politiques en contrepartie de l'assurance que l'Etat assure l'éducation, la santé et le salaire. Il n'est pas besoin de revenir sur les effets pervers d'un tel fonctionnement, même s'il était animé de bons sentiments populistes. Mais on sait depuis octobre 1988 qu'il est dépassé. Du moins le croyait-on.
Pour démontrer que les Algériens n'ont pas, ainsi qu'il l'affirme, des revendications politiques, le pouvoir est contraint de laisser faire l'informel et de redistribuer un peu plus pour ceux qui ont de l'emploi. Les travailleurs et les différentes corporations qui, depuis des années, ferraillent pour améliorer leurs revenus, ont bien senti qu'il existe une opportunité revendicative à saisir dans cette phobie de la politique du pouvoir.
Toute contestation sociale pouvant devenir politique, ce qui était refusé hier devient accessible aujourd'hui. Les temps de révolution chez les voisins deviennent ainsi des temps de revendications ici. Toute la question est de savoir si la rente est suffisante pour servir tout le monde
Le pouvoir algérien, à force d'œuvrer à différer la réforme politique, prend le risque d'une course dispendieuse sans fin derrière les revendications sociales. Le bon sens aurait commandé de faire de la rente un moyen de lancer une réforme inévitable et non de la contrarier. Mais on a l'habitude. Le seul moment où il a été question de réformes politiques en Algérie a été celui où les caisses de l'Etat étaient - presque - vides.
vendredi 4 mars 2011
La khaïma démentielle de Kadhafi
Par K.Selim
Kadhafi a parlé avec un message confus : il n’a pas le pouvoir mais il ne lâchera pas de pouce de pouvoir. Celui qui ne reconnait aucune loi a fait une lecture ennuyeuse et sinistre du code pénal. Cet homme délire. Il a affirmé qu’il n’a pas encore fait usage de la violence. Après des centaines de morts, ce propos est sinistre. Le mot tyran est insuffisant. Le régime libyen met en œuvre une politique de la terre brûlée face au soulèvement de la population qui ne supporte plus les absurdités couteuses d’un clan qui a transformé un pays en une khaïma démentielle. On l’a déjà dit et on ne le redira jamais assez, cette révolte n’est pas motivée par la misère, même si la répartition des richesses en Libye est très inégale ; même si Kadhafi et son clan considèrent les ressources du pays comme une propriété privée. Mais même cette appropriation n’est qu’un élément de plus dans un rejet plus radical et plus profond. Kadhafi a cru avoir malaxé libyens à son image tortueuse et délirante. Or, cette société a conservé le souvenir d’une période où elle était une société, traditionnelle sans doute, mais une société normale. Le fait que les contestataires aient ressorti les drapeaux de la Libye de l’indépendance est significatif de l’ampleur du rejet de l’infâme sauce verte dans laquelle Kadhafi n’a cessé de les enfoncer. Les libyens ont bien entendu vécu, comme beaucoup d’autres peuples, avec passion les mouvements pour la dignité qui ont emporté les dirigeants des deux pays voisins. Ils l’ont ressenti avec d’autant plus de force que de nombreux libyens qu’ils soient des « anciens » où des jeunes qui ont acquis une instruction moderne ne supportaient plus d’être la risée du monde en raison d’un raïs erratique qui a abandonné toute idée de gouvernance et qui aime à se donner en spectacle. Tout en refusant que son pays soit doté d’institutions rationnelles et d’infrastructures fonctionnelles. Conspirateur permanent, cet homme pense que son peuple est continuellement entrain de comploter d’où cette prolifération de milices qui surveillent et se surveillent. Pour les libyens, cet homme et son régime sont une plaie permanente. Il était grotesque, le voilà qui montre le visage atroce de bourreau de son propre peuple. Le recours à des mercenaires qui sèment la mort de manière indiscriminée en dit long sur les mœurs du clan au pouvoir. La folie criminelle de ce régime est sans limites comme le démontre l’utilisation de l’aviation militaire pour réprimer des manifestants. Le discours à la fois incohérent et pervers prononcé par le Guide dans son camp retranché de Bab Azizia confirme la détermination du clan à ne rien lâcher. En annonçant qu’il se préparait à recourir à la force pour écraser les « rats » qui protestent dans les rues du pays, Kadhafi indique clairement que le déchainement de violence de ces derniers jours n’est rien comparé à ce qui risque d’arriver. En lisant ostensiblement des passages de Code pénal, le Grand Leader justifie la mort qu’il s’apprête à infliger à tous ceux qui osent le contester. La péroraison de Bab Azizia derrière une rhétorique anti-américaine usée jusqu’à la corde a constitué un appel direct à la grande peur des occidentaux, celle de l’établissement d’un régime islamiste inspiré par Ben Laden. La performance de Kadhafi est l’illustration implacable de l’adage qui veut qu’un pouvoir absolu rende absolument fou. Il faut espérer que le crépuscule sanglant de ce dictateur ubuesque soit bref et que l’opinion mondiale réagisse enfin avec fermeté contre la spirale d’horreur dans laquelle ce tyran et son clan veulent précipiter le peuple de Libye.
Kadhafi a parlé avec un message confus : il n’a pas le pouvoir mais il ne lâchera pas de pouce de pouvoir. Celui qui ne reconnait aucune loi a fait une lecture ennuyeuse et sinistre du code pénal. Cet homme délire. Il a affirmé qu’il n’a pas encore fait usage de la violence. Après des centaines de morts, ce propos est sinistre. Le mot tyran est insuffisant. Le régime libyen met en œuvre une politique de la terre brûlée face au soulèvement de la population qui ne supporte plus les absurdités couteuses d’un clan qui a transformé un pays en une khaïma démentielle. On l’a déjà dit et on ne le redira jamais assez, cette révolte n’est pas motivée par la misère, même si la répartition des richesses en Libye est très inégale ; même si Kadhafi et son clan considèrent les ressources du pays comme une propriété privée. Mais même cette appropriation n’est qu’un élément de plus dans un rejet plus radical et plus profond. Kadhafi a cru avoir malaxé libyens à son image tortueuse et délirante. Or, cette société a conservé le souvenir d’une période où elle était une société, traditionnelle sans doute, mais une société normale. Le fait que les contestataires aient ressorti les drapeaux de la Libye de l’indépendance est significatif de l’ampleur du rejet de l’infâme sauce verte dans laquelle Kadhafi n’a cessé de les enfoncer. Les libyens ont bien entendu vécu, comme beaucoup d’autres peuples, avec passion les mouvements pour la dignité qui ont emporté les dirigeants des deux pays voisins. Ils l’ont ressenti avec d’autant plus de force que de nombreux libyens qu’ils soient des « anciens » où des jeunes qui ont acquis une instruction moderne ne supportaient plus d’être la risée du monde en raison d’un raïs erratique qui a abandonné toute idée de gouvernance et qui aime à se donner en spectacle. Tout en refusant que son pays soit doté d’institutions rationnelles et d’infrastructures fonctionnelles. Conspirateur permanent, cet homme pense que son peuple est continuellement entrain de comploter d’où cette prolifération de milices qui surveillent et se surveillent. Pour les libyens, cet homme et son régime sont une plaie permanente. Il était grotesque, le voilà qui montre le visage atroce de bourreau de son propre peuple. Le recours à des mercenaires qui sèment la mort de manière indiscriminée en dit long sur les mœurs du clan au pouvoir. La folie criminelle de ce régime est sans limites comme le démontre l’utilisation de l’aviation militaire pour réprimer des manifestants. Le discours à la fois incohérent et pervers prononcé par le Guide dans son camp retranché de Bab Azizia confirme la détermination du clan à ne rien lâcher. En annonçant qu’il se préparait à recourir à la force pour écraser les « rats » qui protestent dans les rues du pays, Kadhafi indique clairement que le déchainement de violence de ces derniers jours n’est rien comparé à ce qui risque d’arriver. En lisant ostensiblement des passages de Code pénal, le Grand Leader justifie la mort qu’il s’apprête à infliger à tous ceux qui osent le contester. La péroraison de Bab Azizia derrière une rhétorique anti-américaine usée jusqu’à la corde a constitué un appel direct à la grande peur des occidentaux, celle de l’établissement d’un régime islamiste inspiré par Ben Laden. La performance de Kadhafi est l’illustration implacable de l’adage qui veut qu’un pouvoir absolu rende absolument fou. Il faut espérer que le crépuscule sanglant de ce dictateur ubuesque soit bref et que l’opinion mondiale réagisse enfin avec fermeté contre la spirale d’horreur dans laquelle ce tyran et son clan veulent précipiter le peuple de Libye.
La démocratie arabe, selon Mme Clinton
Par K.Selim
"Il est temps d'entendre l'appel de la jeunesse des rues de Tunis, de Tripoli et du Caire!". Ce merveilleux appel est celui lancé, hier, à Genève, au Conseil des droits de l’homme par Mme Hillary Clinton, ministre des affaires étrangères de M.Barack Obama. Que c’est beau ! Bien entendu, la secrétaire d’Etat américaine n’a pas résisté à l’envie de marquer un point contre l’Iran en se demandant, ingénument, « Pourquoi le peuple de Tripoli pourrait accéder à la liberté et non celui de Téhéran?". Oui, le peuple de Téhéran mérite d’accéder à la liberté, mais la représentante de l’Empire oublie de noter que les peuples de Tunisie, d’Egypte et même de Libye se sont rebellés contre des gouvernants amis des Etats-Unis. Peut-être – mais cela mérite d’être vérifié – que ce discours est une sorte de mea-culpa implicite qui annonce un changement de politique. Les « remparts » érigés contre les peuples n’ayant de toute évidence pas tenus, autant faire semblant de les accompagner en énonçant que les « changements ne peuvent s'imposer que de l'intérieur! ». Voilà qui est d’une grande justesse à condition de ne pas oublier de rappeler que dans de nombreux pays arabes, les changements voulus « de l’intérieur » ont été constamment entravés de l’extérieur. Le cas de l’Egypte est bien entendu édifiant. Le cas de la Palestine aussi où le peuple a été puni, assiégé et affamé, pour avoir voté pour un parti qui n’agrée pas à Israël et aux Etats-Unis. Curieusement, Mme Clinton, estime que le cours des évènements en Egypte et en Tunisie aurait discrédité les « mouvements extrémistes » - on suppose qu’elle veut dire islamiste – qui ne « sont pas parvenus à renverser les pouvoirs en place, contrairement aux mobilisations pacifiques ». L’argumentaire est spécieux. Ni en Egypte, ni en Tunisie, des mouvements « extrémistes » ne cherchaient à faire tomber le régime par la violence. Mme Clinton interprète l’histoire à l’aune de ses propres œillères. Il y a bien un courant islamiste en Egypte mais, hormis des petits groupuscules restreints, il n’a jamais prôné la violence. Idem en Tunisie. Mais il est clair que pour Mme Clinton – et M.Obama aussi – tous ceux qui estiment qu’il faut être ferme avec Israël et refuser ses faits de violence sont des « extrémistes ». Qu’ils soient islamistes, laïcs, centristes ou libéraux… C’est cela le critère. M.Obama trouve normal qu’Israël occupe les territoires palestiniens et organise la purification ethnique. Il trouve que Mahmoud Abbas est un « extrémiste » car il n’a pas accepté de demander le retrait d’une résolution soumis au Conseil de sécurité qui condamne la colonisation. Mme Clinton considère que la violence israélienne n’est jamais condamnable et que la résistance des palestiniens l’est toujours. Même quand elle s’exprime dans la manière ultra-molle de Mahmoud Abbas. De quoi rester très dubitatif quand on l’entend proclamer que le soutien aux transitions en cours vers la démocratie dans le monde arabe est "un impératif stratégique". En réalité, les Etats-Unis ont constamment entravé les élans des peuples arabes vers la liberté. Leur soutien aux transitions en cours a pour but de les circonscrire. Un processus démocratique sérieux en Egypte ne pourra qu’entrainer un changement – à défaut de bouleversement – de la politique du pays à l’égard d’Israël. Gageons que dans ce cas, l’Egypte sera soumise à d’intenses pressions et que si elle ne cède pas, elle deviendra un pays « extrémiste ». Le discours « démocratique » de la grande démocratie américaine restera toujours sans crédit en raison de la complicité indéfectible des dirigeants américains dans l’oppression des palestiniens. Dans le monde arabe, les opinions attendent que la démocratie victorieuse en Egypte réaliste l’ajustement nécessaire en faveur des palestiniens. Manifestement, ce n’est pas la même démocratie que souhaite Washington.
"Il est temps d'entendre l'appel de la jeunesse des rues de Tunis, de Tripoli et du Caire!". Ce merveilleux appel est celui lancé, hier, à Genève, au Conseil des droits de l’homme par Mme Hillary Clinton, ministre des affaires étrangères de M.Barack Obama. Que c’est beau ! Bien entendu, la secrétaire d’Etat américaine n’a pas résisté à l’envie de marquer un point contre l’Iran en se demandant, ingénument, « Pourquoi le peuple de Tripoli pourrait accéder à la liberté et non celui de Téhéran?". Oui, le peuple de Téhéran mérite d’accéder à la liberté, mais la représentante de l’Empire oublie de noter que les peuples de Tunisie, d’Egypte et même de Libye se sont rebellés contre des gouvernants amis des Etats-Unis. Peut-être – mais cela mérite d’être vérifié – que ce discours est une sorte de mea-culpa implicite qui annonce un changement de politique. Les « remparts » érigés contre les peuples n’ayant de toute évidence pas tenus, autant faire semblant de les accompagner en énonçant que les « changements ne peuvent s'imposer que de l'intérieur! ». Voilà qui est d’une grande justesse à condition de ne pas oublier de rappeler que dans de nombreux pays arabes, les changements voulus « de l’intérieur » ont été constamment entravés de l’extérieur. Le cas de l’Egypte est bien entendu édifiant. Le cas de la Palestine aussi où le peuple a été puni, assiégé et affamé, pour avoir voté pour un parti qui n’agrée pas à Israël et aux Etats-Unis. Curieusement, Mme Clinton, estime que le cours des évènements en Egypte et en Tunisie aurait discrédité les « mouvements extrémistes » - on suppose qu’elle veut dire islamiste – qui ne « sont pas parvenus à renverser les pouvoirs en place, contrairement aux mobilisations pacifiques ». L’argumentaire est spécieux. Ni en Egypte, ni en Tunisie, des mouvements « extrémistes » ne cherchaient à faire tomber le régime par la violence. Mme Clinton interprète l’histoire à l’aune de ses propres œillères. Il y a bien un courant islamiste en Egypte mais, hormis des petits groupuscules restreints, il n’a jamais prôné la violence. Idem en Tunisie. Mais il est clair que pour Mme Clinton – et M.Obama aussi – tous ceux qui estiment qu’il faut être ferme avec Israël et refuser ses faits de violence sont des « extrémistes ». Qu’ils soient islamistes, laïcs, centristes ou libéraux… C’est cela le critère. M.Obama trouve normal qu’Israël occupe les territoires palestiniens et organise la purification ethnique. Il trouve que Mahmoud Abbas est un « extrémiste » car il n’a pas accepté de demander le retrait d’une résolution soumis au Conseil de sécurité qui condamne la colonisation. Mme Clinton considère que la violence israélienne n’est jamais condamnable et que la résistance des palestiniens l’est toujours. Même quand elle s’exprime dans la manière ultra-molle de Mahmoud Abbas. De quoi rester très dubitatif quand on l’entend proclamer que le soutien aux transitions en cours vers la démocratie dans le monde arabe est "un impératif stratégique". En réalité, les Etats-Unis ont constamment entravé les élans des peuples arabes vers la liberté. Leur soutien aux transitions en cours a pour but de les circonscrire. Un processus démocratique sérieux en Egypte ne pourra qu’entrainer un changement – à défaut de bouleversement – de la politique du pays à l’égard d’Israël. Gageons que dans ce cas, l’Egypte sera soumise à d’intenses pressions et que si elle ne cède pas, elle deviendra un pays « extrémiste ». Le discours « démocratique » de la grande démocratie américaine restera toujours sans crédit en raison de la complicité indéfectible des dirigeants américains dans l’oppression des palestiniens. Dans le monde arabe, les opinions attendent que la démocratie victorieuse en Egypte réaliste l’ajustement nécessaire en faveur des palestiniens. Manifestement, ce n’est pas la même démocratie que souhaite Washington.
Inscription à :
Messages (Atom)