samedi 27 juin 2020

Matoub Lounès dans le grand cercle des poètes libres






Tout ce que l'homme fut de grand et de sublime
Sa protestation ses chants et ses héros
Au dessus de ce corps et contre ses bourreaux
A Grenade aujourd'hui surgit devant le crime

Et cette bouche absente et Lorca qui s'est tu
Emplissant tout à coup l'univers de silence
Contre les violents tourne la violence
Dieu le fracas que fait un poète qu'on tue


Dieu le fracas que fait un poète qu'on tue!

Avait-il raison Louis Aragon? La réponse est oui, forcément, un poète à souvent raison.. Je me souviens de la stupeur avec laquelle nous avons reçu la nouvelle de l’assassinat de Matoub Lounes, le 25 juin 1998. Nous étions sidérés. Puis la colère est montée, forte, puissante. En Kabylie, bien sur, mais pas seulement, c’était une colère partagée dans tout le pays. Car ce n’était pas seulement le poète et chanteur berbère qui avait été assassiné, c’était plus que cela. Beaucoup plus que cela. 

Sans maîtriser le Kabyle, j’écoutais Matoub Lounès. Je l’écoute toujours. Des sonorités chaâbi et des colères que l’on devine. Je pense que comme moi, beaucoup de ceux qui ne connaissait pas le Kabyle, comprenaient d’instinct ses messages. Même quand ils semblaient rudes.. Ce que l’on retenait - et ce que nous retenons toujours - est que Matoub était totalement poète, et donc que c’était un homme libre, totalement libre, un insoumis dans un pays empêché et bloqué par un système qui étouffe, qui fait de nos richesses- et la diversité en est une - une menace, un ennemi à abattre. 

L'extraordinaire force de Matoub Lounès est qu’il ne la réclamait pas la liberté, il l'exerçait, pleinement, avec de la tendresse dans la révolte et une vitalité débordante, que rien n’arrête. Rien, pas même l’assassinat, oserais-je dire. Car Matoub est toujours présent et même ceux qui ne comprennent pas le kabyle sentent que sa poésie est fille de sa liberté sur laquelle il ne cédait rien…

Dieu le fracas que fait un poète qu’on tue!

Il y a un trait commun aux poètes qu’on tue! Qu’ils mènent une vie tranquille, humble, comme Mouloud Feraoun, assassiné par l’OAS, le 15 mars 1962, ou flamboyante, comme celle de Matoub, ils perturbent un ordre établi, ils résistent. Ils  ouvrent des chemins ces poètes assassinés, Feraoun, Djaout, Maatoub,  Mekbel, Sebti, Alloula, cheb Hasni… ou Sénac que je cite:

La solitude n’est pas une arme, elle est la mort.
Vous comprenez pourquoi je cogne, pourquoi je m’agrippe à ces corps
qui passent.
Une caresse contre ma vie !
Allez courir après cette eau qui casse !
Allez vous baigner dans tout ce verglas !
Il n’y a rien ce soir que des regards qui se croisent très vite,
des mains qui se désunissent, surprises,
un hiver qui dresse ses quartiers.
La solitude n’est pas une arme

Ce sont des hommes libres comme  Frederico Garcia Lorca, exécuté sommairement le 19 août 1936 par des milices franquistes. 

Dans ta voix
Galopaient des cavaliers
Et les gitans étonnés
Levaient leurs yeux de bronze et d'or
Si ta voix se brisa
Voilà plus de vingt ans qu'elle résonne encore
Federico García

Comme Robert Desnos, le poète pacifiste qui entre en résistance contre le nazisme et qui mourra dans un camp de concentration. Il est entré en résistance en déclarant: « J’ai décidé de retirer de la guerre tout le bonheur qu’elle peut me donner : la preuve de la santé, de la jeunesse et l’estimable satisfaction d’emmerder Hitler” Le poème “Complainte De Robert Le Diable” de Louis Aragon, chantée par Jean Ferrat en parle avec émotion


Je pense à toi Desnos et je revois tes yeux
Qu’explique seulement l’avenir qu’ils reflètent
Sans cela d’où pourrait leur venir ô poète
Ce bleu qu’ils ont en eux et qui dément les cieux

Comme le poète et chanteur Victor Jara, arrêté après le coup d’Etat de Pinochet le 11 septembre 1973, e torturé dans le stade qui porte aujourd’hui son nom. C’est là qu’il écrivit, son ultime poème, Estadio Chile, avant que les tortionnaires ne lui coupent les doigts et le tuent. 


Chant, tu sais le mal que j'ai
Quand je dois chanter la peur.
Une peur comme celle que je vis
Comme celle dont je meurs, une peur
De me voir parmi tant et tant
De moments d'infini
Où le silence et le cri
Sont les moyens de ce chant.
Ce que je vois je ne l'ai jamais vu.
Ce que j'ai senti et ce que je sens
Feront éclore le moment…

Comme Pablo Neruda, mort douze jours après le coup d’Etat, et dont il s’avère qu’il a été tué par une injection qui lui a été faite avant son départ en exil pour le Mexique. L’immense Neruda

(...)
Macchu Picchu, as-tu posé
Pierre sur pierre, et au fond, le haillon ?
Charbon sur charbon et, au fond, les larmes ?
Le feu dans l’or et, rouge et tremblante en lui,
Une large goutte de sang ?
Rend-moi l’esclave que tu as enterré !
Arrache à la terre le pain dur
Du misérable ! Montre-moi tes habits
Du serf et sa fenêtre !
Dis-moi comme il dormait durant sa vie,
Dis-moi si son sommeil
Fut rauque, entrouvert, comme le trou noir
Que fait la fatigue sur un mur ?


Comme Naji Al-Ali, caricaturiste de génie, inventeur de personnage de Handhala, ce palestinien,  mains constamment croisés, exprimant la perplexité et l’impuissance face à l’adversité. Face aux trahisons. Naji Al Ali a été assassiné  22 juillet 1987 à Londres. Un étudiant palestinien a été arrêté, il était membre de l’OLP mais il a avoué à la police britannique qu’il travaillait pour le Mossad. D'où l’incertitude à ce jour sur le commanditaire. Aucun doute par contre sur le fait que le grand écrivain Ghassan Kanafani a été tué 8 juillet 1972 à Beyrouth, par le Mossad. 

Ces poètes assassinés nous émeuvent car ils sont porteurs d'une parole essentielle, ils ont été passionnés de justice et de liberté. A en mourir.  Et comme dit le poète tunisien Aboulkassem Echabi:

Celui que la passion de vivre n'a pas étreint
S'évapore dans l'air de cette vie et disparaît.
- Malheur à celui qui n'est pas passionné par l'existence
Il sera frappé par le néant vainqueur.

samedi 20 juin 2020

Leveilley, Ben Bella, Boum-Boum: l’histoire vue d’en bas

La cité Boumaza, inaugurée en 1963 par Ben Bella devait être provisoire (Ph Facebook)


En 1962, j’avais cinq ans et Ben Bella était au pouvoir. Les jeunes dehors chantaient “dawlat al moudjahidine”. De la période d’avant, il me reste quelques images fugaces mais marquantes. Des soldats français en armes qui rentrent à la maison,  font les gentils et  nous donnent des bonbons que nous refusions avec véhémence. C’était un interdit quasi-religieux, pas de fraternisation. Mon frère et un cousin ont cédé un jour à la tentation d’un chocolat. Je m’attendais à ce que la  cravache-martinet accrochée au mur comme un avertissement permanent se chargerait de laver cette trahison. En fait, ils ont eu droit un autre type de torture. Mon oncle amena un carton de 200 gaufrettes et leur ordonna de le manger en entier. Au début, cela leur a paru rigolo, à la 20ème gaufrette ils ne riaient plus, à la 25 ils pleuraient, vomissaient, ils regrettaient probablement  la cravache. Une vénérable tante mis fin à cette torture sucrée et leur sauva la mise.

En 1963, j’avais six ans et Ben Bella est venu dans notre quartier, Leveilley, qui deviendra maqaria ou magharia, la dénomination, je ne sais pas pourquoi, reste indécise à ce jour. Leveilley, se trouve à la périphérie d’Hussein-Dey, quartier du célèbre Benadouda, l’homme-providence, qui nous héberge “fel-live” .

Ben Bella est venu dans notre houma inaugurer ce qui deviendra la cité Boumaza. C’était peut-être le printemps, en tout cas il faisait beau. La cité Boumaza a servi à recaser des habitants de baraques qui avaient été emportées par la crue de Oued-Ouchaïch. Car, il a beau être “chaïah”, sec, il arrive que l’oued renaît. Outre, les habitants des baraques, on a logé également des veuves de chahid.

Boumaaza a donc été érigée entre Leveiley et Oued-Ouchaïach, à une centaine de mètres du Mexique, une favela époustouflante. L’administration coloniale avec un humour nul l’a affublé du nom de Jolie vue.

Boumaza inaugurée par Ahmed Ben Bella était censée être une cité de recasement provisoire, deux ans au plus. Elle est toujours là, en 2020. Surpeuplée avec plusieurs générations entassées et qui ont essaimé aux abords dans des extensions anarchiques puis dans la construction de baraques.

L’image contient peut-être : texte
Chronique Radio Corona n°29



Lors de l’inauguration en 1963, les gens se marchaient dessus et couraient dans tous les sens pour voir le zaïm. Un jeune du quartier a connu la gloire pendant quelques jours car on l’a vu, le lendemain, dans le journal à côté de Ben Bella avec ses joues bien remplies de bébé cadum et son sourire très large.

Je n’ai pas vu Ben Bella, je n’ai pas couru, mais j’ai ressenti, comme tous le monde, ce passage  fugace de l’autorité à un moment de grande innocence patriotique.  Une année plus tard, en 1964 je crois, le quartier l’a ressenti d’une toute autre manière. Dans l’espace occupé aujourd’hui par la Grande Mosquée de Leveilley, la JFLN, jeunesse du FLN, avait établi ses quartiers. Ces jeunes devaient avoir dans les 18 à 24 ans et, dans nos yeux d’enfants, ils paraissaient des hommes murs qui plus est investis d’une grande autorité.

Or, un jour l’un de ces grands dadais de la JFLN a perdu sa montre et il a décidé que deux jeunes du quartier l’avaient volé. Il les passa à la question. Ils ont eu la totale : pendaison par les pieds, coup de ceintures… Ils ont failli y rester. Ils ont été emmenés à l’hôpital où ils durent rester plusieurs jours.

Dans le quartier, les gens parlaient doucement de l’affaire. En murmurant presque. Je pense qu’il y  avait beaucoup de colère et déjà un «wache neqadrou ndirou » (que pouvons-nous faire?) L’affaire en resta là. Pour de bon.  Les grands dadais de la JFLN disparurent de notre horizon. Sans doute ont-ils eu une « carrière » dans d’autres lieux.

Aujourd’hui, a posteriori, je me dis que cette affaire «banale» de torture, de «dépassements» comme on continue de le dire aujourd’hui, avait plus de signification au plan de l’histoire que le premier et ultime passage d’un président de la république dans notre zone.

D’ailleurs le putsch du 19 juin 1965 ne suscita aucun émoi particulier dans le quartier. On s’occupait de nos affaires, nos parents trimaient. Ils voulaient qu’on s’instruise. Ils sentaient confusément que c’était l’unique planche de salut pour nous.  Et nous avons étudié avec des fortunes très inégales. Ceux de ma génération qui sont arrivés à la faculté sont peu nombreux. Et, jusqu’à aujourd’hui, alors que le savoir s’est considérablement dévalorisé au profit du «beznesse», on les regarde avec un certain respect.

Et puis vinrent les années Boumediene, une période étonnante. Rien  ne semblait se passer même si on parlait beaucoup de révolution. Beaucoup de gens du triangle Leveilley-Oued-Ouchaich-Mexique  suivaient les discours de Boumediene, plus fascinés par sa capacité à algérianiser la langue arabe, à la rendre accessible, qu’à son contenu. Mais les plus âgés haussaient déjà les épaules. Pour des raisons terre à terre et non parce quelques  cheikhs religieux téméraires osaient critiquer le socialisme impie. Certains de ces cheikhs passaient en effet dans des cercles privés et disaient tout le mal qu’ils pensaient de Boumediene. Mais ils «passaient» seulement. Ce qui deviendra par la suite l’islamisme ne commencera vraiment à “s’installer» que plus tard, ’avec l’apparition des premiers frérots, les ikhouane, les FM.

Si le discours bien rodé de Boumediene ne passait pas chez ces anciens, c’est parce qu’ils avaient assez vécu pour comprendre qu’un discours ne remplit jamais le vide. Ils voyaient que la démographie du quartier explosait alors que Boumediene, qui avait sa propre vision, ne faisait pas du logement une priorité.

C’était le début du grand entassement. Et je pense que cette impasse du logement qui a entravé tant de vies, ruiné tant de projets, aura été un des échecs le plus lourd, de ceux qui créeront la vague islamiste… El Moudja ! On en parlera un jour, un peut-être.

ليفيي، بن بلة، وبوم- بوم : رؤية التاريخ من الأسفل

  ـصورة فيسبوك-  حي بومعزة بين ليفيي وواد أوشايح به



كنت في الخامسة سنة 1962، وكان بن بلة في السلطة. كان الشبان في الخارج يغنون "دولة المجاهدين". من الفترة السابقة احتفظ بصور عابرة لكنها مؤثرة. جنود فرنسيون مسلحون يدخلون البيت، يتقمصون دور الرجال الطيبين ويعطوننا حلوى كنا نرفضها بشدة. كان ذلك فعل شبه محرم دينيا، لا تآخي مع جنود الاستعمار. في إحدى المرات وقع أخي وابن خالي تحت إغراء الشكولاتة. توقعت أن يتولى السوط، الذي كان معلقا على الحائط كإنذار دائم، مهمة غسل هذا العار، لكن الذي حدث أنهما نالا عقابا من نوع آخر. جلب خالي علبة "ڨوفريط" تحتوي على مائتي قطعة وأمرهما بأكلها كاملة. بدا لهما الأمر مسليا للوهلة الأولى، عندما وصلا إلى القطعة العشرين اختفت ضحكاتهما ومع القطعة الخامسة والعشرين شرعا في البكاء والتقيؤ، لعلهما شعرا في تلك اللحظة بالحنين إلى السوط. تدخلت عمة وقور ووضعت حدا لهذا التعذيب المحلَّى.


وفي سنة 1963 بلغت السادسة، جاء بن بلة إلى حينا، ليفيي (Leveilley)، الذي سيسمى لاحقا المقرية أو المغارية، لا أعرف لماذا لم يستقر الرأي على تسمية واضحة إلى اليوم. تقع ليفيي على أطراف حسين داي، حي الشهير بن عدودة الذي يستضيفنا في "اللايف".
جاء بن بلة إلى الحومة لتدشين ما سيصبح حي بومعزة. ربما كان الفصل ربيعا، المؤكد أن الجو كان جميلا. بني حي بومعزة لإيواء سكان البيوت القصديرية التي جرفها فيضان واد أوشايح. فالوادي حتى وإن كان "شايح"، جافا، فإنه قد ينبعث من جديد في أي لحظة. وإلى جانب سكان البيوت القصديرية تم إيواء أرامل شهداء فيه أيضا.


أقيم حي بومعزة بين ليفيي وواد أوشايح، على بعد مائة متر من المكسيك، حي قصديري مذهل، سمته الإدارة الاستعمارية، بسخافة وقلة ذوق، المنظر الجميل. حي بومعزة كان في الأصل، حين دشنه بن بلة، مخصصا للإسكان المؤقت، سنتان على أكثر تقدير، لكنه ما زال قائما في سنة 2020 ويكتظ بأجيال متعاقبة انتشرت في المحيط بشكل فوضوي ثم انتقلت إلى بناء بيوت قصديرية أخرى. 

أثناء التدشين في سنة 1963، كان الناس يتدافعون ويركضون في مختلف الاتجاهات من أجل رؤية الزعيم. أحد شباب الحي عاش المجد لأيام لأن صورته إلى جانب بن بلة، تصدرت الجريدة في اليوم الموالي، وقد بدا فيها الرئيس بخديه المملوءين وضحكته العريضة مثل ذلك الصبي الجميل، الذي كانت صورته توضع على غطاء صابون كادوم الشهير. لم أر بن بلة، لم أركض، لكنني، ومثل الجميع، شعرت ذلك اليوم بالمرور العابر للسلطة في لحظة براءة وطنية كبرى.

عام بعد ذلك، في سنة 1964 على ما أعتقد، شعر الحي بمرور السلطة بطريقة مختلفة تماما. في المكان الذي يشغله الآن مسجد ليفيي الكبير، أقامت شبيبة جبهة التحرير الوطني. كانوا شبابا تتراوح أعمارهم بين 18 و24 سنة، وكانوا يبدون لنا، نحن الأطفال، رجالا ناضجين بالنظر إلى السلطة الكبيرة التي يتمتعون بها.


ترجمة لنص قرئ بالفرنسية على راديو كورونا

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ذات يوم، فقد أحد هؤلاء الصبية الكبار من شبيبة الأفلان ساعته، وقرر بأن اثنين من شباب الحي هما من سرقاها. أحالهما على المساءلة. لقد نالا أشد عقاب: التعليق من القدمين، والجلد بالأحزمة... كادا أن يقضى عليهما. تم تحويلهما إلى المستشفى حيث مكثا عدة أيام.

في الحي، كان الناس يتكلمون عن الحادثة بصوت منخفض، بالهمس تقريبا. أتصور أنه كان هناك كثير من الغضب وقتها وأيضا عبارة "واش نقدرو نديرو" التي مازالت تلازمنا. طويت القضية إلى الأبد. اختفى هؤلاء الصبية الكبار من شبيبة الأفلان عن أنظارنا. بلا شك كان لهم مسار آخر في أماكن أخرى.

 اليوم، وبرؤية بَعدية، أقول لنفسي أن حادثة التعذيب "العادية" تلك، أو"التجاوزات" كما نصفها إلى اليوم، كانت لها دلالات أعمق على الصعيد التاريخي من الزيارة الأولى والأخيرة لرئيس جمهورية إلى منطقتنا.

حتى انقلاب 19 جوان 1965 لم يثر أي اكتراث في الحي. كنا مهتمين بشؤوننا، كان أولياؤنا يكدحون. كانوا يريدوننا أن نتعلم، وكانوا يشعرون بطريقة مبهمة أن التعليم خشبة نجاتنا الوحيدة. درسنا بنجاحات متفاوتة. قلة من أبناء جيلي وصولوا إلى الجامعة، وإلى اليوم، برغم أن العلم فقد كثيرا من قيمته لصالح "البزنس"، ينظر إليهم بنوع من الاحترام.

ثم جاءت سنوات بومدين، فترة محيرة. لا شيء كان يحدث في الظاهر رغم كثرة الحديث عن الثورة. كثير من سكان مثلث ليفيي-واد اوشايح- المكسيك كانوا يتابعون خطابات بومدين، تبهرهم قدرته على جزأرة اللغة العربية، وجعلها في متناول العامة، أكثر من  محتوى الخطاب. لكن الأكبر سنا منهم كانوا يهزون أكتافهم تعبيرا عن الاستخفاف. لأسباب واقعية وليس لأن بعض الشيوخ من رجال الدين المندفعين كانوا يجرؤون على نقد الاشتراكية الكافرة. بعض هؤلاء الشيوخ كانوا يمرون بالفعل بمجالس خاصة ويقولون كل ما يرونه في بومدين من شرور. لكنهم كانوا يمرون فحسب. ما سيعرف لاحقا بالإسلاموية لن يبدأ في الانتشار إلا مع ظهور الإخوة الأوائل، الإخوان، الإخوان المسلمون.

إذا كان الخطاب السلس لبومدين لم يقنع هؤلاء القدامى فلأنهم عاشوا بما يكفي لكي يعرفوا أن خطابا لا يملأ فراغا أبدا. كانوا يرون الحي ينفجر ديموغرافيا في حين لم يكن بومدين، الذي كانت له رؤيته الخاصة، يعتبر السكن أولوية. كانت بداية التكدس الكبير. وأعتقد أن مأزق السكن هذا الذي أعاق حياة كثيرين، وهدم مشاريع كثيرة، كان من أكبر الإخفاقات، ما أدى إلى ظهور الموجة الإسلاموية.
الموجة التي قد نتحدث عنها في يوم ما








mercredi 17 juin 2020

يجب أن يبقى الحراك ما كان عليه: مشروع سلمي وإيجابي






لاتزال الأسباب التي دفعت الجزائريين المشاركين  في الحراك إلى تعليق المسيرات في مارس 2020 قائمة حتى اليوم . علينا  أن نستمر في اختيار طريق العقل حتى لو تراكمت أسباب الغضب خلال فترة الحجر هذه: اعتقالات وحبس وتدهور ظروف المعيشة لجزء كبير من الجزائريين الذين يعيشون بدون شبكة أمان اجتماعي والذين غالباً ما واصلوا  تأمين  حاجياتهم  فقط بفضل تضامن حي ونشط ، حتى لو كان يحرص على عدم لفت الأنظار.. 

هذا التضامن مصدر فخر وأمل ، هناك خير في مجتمعنا. إن روح التضامن هذه هو الذي يحثنا  على عدم التسرع في استئناف مسيرات الثلاثاء والجمعة. فالمخاطر الصحية ما تزال عالية للغاية ، نحن نرى ذلك في كل مكان ، حتى في الصين التي تشهد عودة الوباء بعد أن كانت تبدو قد تغلبت على فيروس كورونا.

في بلادنا ، وبغض النظر عن المعلومات الرسمية المجزأة ، نتعلم كل يوم ، من تجربتنا ، من روايات أولئك الموجودين في الصف الأمامي في المستشفيات ، أن المشكل جدي وخطير. إن حقنا في التظاهر في الأماكن العامة ، المعترف به رسمياً في الدستور ، ليس محل نقاش. لكن ما ليس محل نقاش أيضا هو أنه من واجبنا، فرديًا وجماعيًا، العمل على تفادي انتشار المرض. علينا الحفاظ على صحتنا وعلى صحة ذوينا.

من واجبنا أيضًا ، بينما تُشن حملات إعلامية من عصر بائد ضد الحراك ، ألا نعطي الذريعة  لاتهامات سيئة النية ، والتي سبق أن سمعناها  بالفعل في مارس ، بتعريض الآخرين للخطر.

علّمنا الحراك التغلب على غضبنا. يجب أن نستمر في ترويض هذا الغضب حتى يبقى الحراك ، كما أراد لنفسه أن يكون ، مشروعًا سلميًا وإيجابيًا هدفه تقدم الجزائر وتحرير نفسها من العوائق التي تمنعها من أن تكون ما  ينبغي أن تكون عليه: بلد قوي  من نساء ورجال أحرار في كنف دولة محترمة تحترم الحريات الجماعية والفردية .

 لقد أيقظ الحراك الجزائر من سبات سياسي طويل ، فلنحافظ عليه إذا  بتجنب التسرع ، ليس من الحكمة التعجيل بالعودة إلى المظاهرات . باختياره نهج السلمية من الوهلة الأولى عهد الحراك على نفسه أن يكون مسؤولًا جدًا . ان استئناف المسيرات غير مناسب حاليًا. دعونا نبقى في هذا المستوى من  الإيجابية والمسؤولية التي تجعل الحراك متفوقًا أخلاقياً على أولئك الذين يحاربونه ولا ينفكون يهاجمونه..

Le Hirak doit rester ce qu’il a été: une entreprise pacifique et positive

Les raisons qui ont conduit les Algériens engagés dans le Hirak à suspendre les marches en mars 2020 restent toujours valables aujourd’hui. Nous devons continuer à choisir la voie de la raison même si des colères se sont accumulées au cours de cette période de confinement:  arrestations, emprisonnements et aussi dégradation des conditions de vie d’une bonne partie des Algériens qui vivent sans filet social et qui souvent n’ont tenu que grâce à une solidarité, vivante et agissante même si elle est discrète.

Cette solidarité est un motif de fierté et d’espoir, il y a du bon dans notre société. C’est cet esprit solidaire qui commande que l’on ne se précipite pas à reprendre les marches du mardi et du vendredi. Le risque sanitaire reste très élevé, nous l’observons partout, y compris en Chine qui connaît un regain après avoir semblé avoir vaincu le Covid-19.

Chez-nous, au-delà des informations officielles parcellaires, nous apprenons chaque jour, par notre vécu, par les récits de ceux qui sont aux premières loges dans les hôpitaux, qu’il s’agit d’un problème sérieux et grave. Notre droit à manifester sur l’espace public, reconnu formellement par la Constitution, ne se discute pas. Mais ce qui ne se discute pas non plus est qu’il est de notre devoir, individuellement et collectivement, d’éviter la propagation de la maladie. Préservons notre santé et la santé des nôtres.

Notre devoir également, alors que des campagnes médiatiques d’un autre âge sont menées contre le Hirak, est de ne pas prêter flanc à des accusations de mauvaise foi, déjà entendues en mars, de mise en danger d’autrui.  Le Hirak nous a appris à vaincre nos colères. Nous devons continuer à les dompter ces colères pour que le Hirak reste, ce qu’il a toujours voulu être, une entreprise pacifique, positive, pour que l’Algérie avance, progresse et se libère des entraves qui l’empêchent d’être ce qu’elle doit être: un grand pays de femmes et d’hommes libres avec un Etat respecté et respectueux des libertés collectives et individuelles.

Le Hirak a réveillé l’Algérie d’une longue hibernation politique, préservons-le en évitant les précipitations. Rien ne presse pour la reprise des marches, le Hirak, en choisissant d’emblée d’être pacifique, a également fait le choix d’être très responsable.La reprise des marches est inappropriée actuellement.  Restons dans cet esprit positif et responsable qui fait que le Hirak est moralement supérieur à ceux qui le combattent et ne cessent de le pourfendre.