vendredi 5 juin 2020

Les marcheurs, les envahisseurs et la main étrangère

                                      Pour écouter la chronique sur Radio Corona, cliquez



Radio Corona Internationale est un complot. Avec l’accord de Abdallah Benadouda et de tous les égarés, d’ici et d’ailleurs, qui y contribuent, je prends les devants pour dresser l’acte d’accusation. Comme le Hirak est officiellement “béni” et qu’il va entrer dans le préambule de la constitution, on prendra donc la précaution de dire que Radio Corona  est coupable de défendre le “néo-hirak”, vous le savez cette étrange chose et cette entité mystérieuse qui nous envahirait insidieusement et qui serait le fait des ONG et des officines étrangères interlopes. 

C’est le moment de la chronique où Abdallah devrait lancer le générique de la fameuse série des “Envahisseurs” avec un David Vincent local, installé dans le lointain Canada, pour défendre la patrie menacée; et qui, par une nuit sombre, le long d'une route solitaire de campagne, alors qu'il cherchait un raccourci qu'il ne trouva jamais, découvrit sur les routes et les sentiers d’Algérie et sous les savates des marcheuses et des marcheurs des mardis et des vendredis une infinité de complots.  Et que le cauchemar avait déjà commencé.

Pour Radio Corona, les preuves sont accablantes: Benadouda et ses complices à l’extérieur et l’intérieur font preuve d’un pernicieux humour qui mine les défenses de la patrie. Ils font feu de tout bois, même le théâtre classique grec sert de moyen détourné pour envoyer des messages codés derrière “essajra…” et que de dire de la subversion de la psy nationale, Sihem qui fouille dans l’impensé… 

Les preuves accablantes ne manquent pas. Le big boss de Radio Corona, outre qu’il gagne sa vie en dollars et pas en dinars - vit à Providence. Certes, Providence se trouve à près de 800 km de Langley, en Virginie, où se trouve le siège de la CIA, mais cela ne prouve pas qu’il n’y a pas des accointances. N’essayez surtout pas de dire que cela ne prouve pas non plus qu’il y a des accointances, vous passerez pour un naïf, un demeuré, un idiot utile, un vecteur inconscient de la subversion. 

Et là, ce sont les charges les moins lourdes. Bref, une  radio qui s’amuse, qui s’offre la meilleure psy du Maghreb Central et fait plaisir à ceux qui l’écoutent, c’est forcément louche.  Car on le sait, les radios patriotiques sont celles où l’on s’ennuie fermement, et où, comme moi, on baille au retour régulier du complot ourdi. Ce que j’ai dit de Radio Corona est à peine une caricature, c’est comme cela que fonctionnent ceux qui n’en finissent pas de le ressortir, ce complot ourdi.  

La règle générale est que l’accusateur est toujours au pouvoir tandis que l’accusé est l’opposant. Mais l’accusé est aussi - et même assez souvent - celui qui a perdu le pouvoir, la branche morte que l’on charge de tous les maux. Y compris d’avoir comploté contre les intérêts supérieurs du pays.  

Ne cherchons pas loin, parmi les pensionnaires des prisons actuellement figurent des gens qui décidaient hier qui étaient patriotes et qui ne l’étaient pas. Des gens qui dénonçaient, hier, à la moindre respiration non autorisée (don't breathe, men!) des mains étrangères et des conspirations.

J’avoue que j’ai de la peine à parler sérieusement de ce sujet. L’histoire n’est pas une longue suite de complot mais je sais que des complots existent. Mais le plus grand des complots ne ressemble pas un polar ou à un roman d’espionnage. C’est sans suspense. C’est systémique. C’est la routine des régimes autoritaires et des dictatures qui privent la société de cadres d’organisation libres et affaiblissent de ce fait ses mécanismes de défense. 

Bachar al-Assad par exemple est ophtalmo de métier, mais il a été aveugle en politique: en réprimant les contestations politiques et sociales au lieu de réformer, il a ouvert un énorme boulevard à toutes les ingérences. La Syrie est aujourd’hui méconnaissable. 

C’est clairement de l’aveuglement et de l’incompétence que se nourrissent les ingérences étrangères. Pas d’un complot, mais des déconstructions paranoïaques et perverses des régimes qui traitent leurs sociétés en mineurs quand ce n’est pas en menaces potentielles et en ennemis. 

Tiens aux Etats-Unis, deux anciens ministres de la Défense ont réagi à l’idée avancée par Trump d’utiliser l’armée contre les manifestants: ce qu’ils ont dit est simple et fort: L’Amérique n’est pas un champ de bataille » et « nos concitoyens ne sont pas l’ennemi ». 

Cela vaut pour les marcheurs du mardi et du vendredi, ce sont des Algériens qui aiment leur pays, qui veulent respirer et qui ne supportent pas de le voir abîmer. Les accuser de complot est aberrant. En réalité, c’est la banalité de l’incompétence et de l'imprévoyance - le propre des systèmes autoritaires - qui fait complot.

Prenons, un exemple. En 1994, l’Algérie passe par le FMI et par l’ajustement structurel. Une des recommandations du FMI est de permettre la retraite anticipée pour dégraisser l’administration et le secteur public. Le gouvernement a mis la chose en application à la lettre. Résultat, les meilleurs cadres du pays, des quadras et des quinquagénaires, empruntent cette voie de sortie, deviennent des jeunes retraités et vont en Occident commencer une autre vie. Les moins bons restent, des bons aussi ont résisté, mais en nombre insuffisant. 

Cette décision a été désastreuse car elle a considérablement affaibli une technostructure algérienne patiemment - et bien formée - durant les 2 premières décennies de l’indépendance. Ce n’était pas un complot puisque c’était transparent. Mais ne pas deviner l’impact considérable de la mesure relève, au moins, d'une grave incompétence aussi bien politique qu’économique. 

Autre exemple, en 2009, avec un discours très patriotique, on a institué la règle du 51/49% pour les investissements étrangers et le droit de préemption en cas de cession des actifs étrangers en Algérie. En apparence, c’est très nationaliste et cela répondait au fait que le groupe Lafarge était entré en Algérie, par le biais d'un jeu boursier en rachetant Orascom. Sans passer par les autorités algériennes. 

Dans les faits, ces mesures, qui étaient en vigueur et à juste titre dans le secteur pétrolier depuis 1971,  n’ont fait que bloquer les investissements étrangers hors hydrocarbures. Qui étaient les vrais gagnants de ces mesures? Les importateurs bien sûr, qui avaient un pied dans le pouvoir. Les entreprises étrangères dissuadées par ce dispositif ne sont pas venues en Algérie  mais rien n’empêchait que leurs produits y entrent et se vendent. Grâce aux importateurs! Ce n’était pas un complot, mais un choix politique. Qui a été possible car ceux qui décident ne rendent pas des comptes. 

Pour conclure, non, Radio Corona n’est pas un complot. Nous le savons bien et les accusateurs éventuels le savent. 

Dans l’histoire des nations, la part des complots n’est pas déterminante, ce qui est déterminant c’est la manière dont le pays est organisé,  si ceux qui le dirigent ont l’assentiment ou pas des citoyens. Ce qui est déterminant, c’est l’obligation de rendre de comptes, c’est la séparation des pouvoirs, ce sont les contre-pouvoirs, ce sont les libertés. Ce sont ces choses qui réduisent la marge du complot banal de l’incompétence et de l’imprévoyance. Et de la hogra, surtout de la hogra. C’est pour cela que les Algériens d’ici ou d’ailleurs ne sont pas des envahisseurs mais des bâtisseurs.





المشاؤون والغزاة واليد الاجنبية

إإذاعة كورونا الدولية مؤامرة، "مؤامرة زرڨة".  بموافقة عبد الله  بن عدودة وجميع الضالين، هنا وهناك، الذين يساهمون فيها، أتولى مهمة وضع لائحة الاتهام. وبما أن الحراك "مبارك" رسميا وسيتم إدراجه في ديباجة الدستور، سنحرص على القول بأن إذاعة كورونا مدانة بالدفاع عن الـ "نيو- حراك"، أنتم تعرفون هذا الشيء الغريب، هذا الكيان الغامض الذي يغزونا على حين غرة والذي تقف وراءه المنظمات غير الحكومية والمخابر الأجنبية المشبوهة.

الأدلة التي تدين إذاعة كورونا قطعية: بن عدودة والمتواطئون معه في الخارج والداخل يتميزون بروح دعابة خبيثة تقوض حصون الوطن. إنهم لا يدخرون وسيلة، وحتى المسرح الإغريقي القديم يستعمل كأداة لبعث رسائل مشفرة من وراء "السجرة..."، ناهيك عن النشاط التخريبي الذي تقوم به الطبيبة النفسانية الوطنية سهام بنبشها فيما لا يمكن تصوره...
 الأدلة الدامغة كثيرة.. المسؤول الأول لإذاعة كورونا، فضلا عن كونه يتقاضى راتبه بالدولار وليس بالدينار، يقيم في مدينة بروفيدانس الأمريكية. صحيح أن بروفيدانس تبعد ثمانمائة كيلومتر عن لانغلي (فرجينيا) حيث مقر السي آي إي، لكن هذا لا يعني عدم وجود صلات بينهما. لا تحاول أبدا أن تقول بأن هذا أيضا لا يثبت وجود علاقة بينهما لأن ذلك سيجعلك تبدو ساذجا، وأحمقا، و"مغفلا مفيدا"، ومخربا عن غير قصد.. وكل ما تقدم يشكل التهم الأخف. 
بالمختصر المفيد، إن إذاعة مرحة، تستفيد من خدمات أفضل طبيبة نفسية في المغرب الأوسط، وتسر المستمعين إليها هي بالضرورة إذاعة مشبوهة. فالمعروف أن الإذاعات الوطنية جدا تجعل متابعيها يشعرون بضجر كبير، أو، تجعلهم، كما هو حالي، يتثاءبون من كثرة تكرار الحديث عن المؤامرة التي تحاك ضد الوطن.
 ما قلته عن إذاعة كورونا بالكاد هو كاريكاتوري وهو يعكس طريقة تفكير أولئك الذين لا يكفون عن الحديث عن هذه المؤامرة التي تحاك. القاعدة العامة هي أن من في السلطة هو من يوجه الاتهام في حين يكون المعارض في قفص الاتهام. لكن المتهم هو أيضا، وفي حالات كثيرة، من خسر السلطة، إنه ذلك الغصن الميت من الشجرة الذي يلقى عليه بكل الشرور بما فيها التآمر على المصالح العليا للوطن. 
لا نذهب بعيدا، فضمن نزلاء السجون اليوم أشخاص كانوا بالأمس القريب هم من يقررون من الوطني ومن ليس كذلك. أشخاص كانوا بالأمس يشجبون كل محاولة غير مرخصة للتنفس ( لا تتنفس يا رجل !) ويحذرون من الأيادي الأجنبية والمؤامرات. 
أعترف أنني أجد صعوبة في تناول هذا الموضوع بجدية. مع علمي بوجود مؤامرات فإن التاريخ ليس سلسلة طويلة من المؤامرات. لكن أكبر المؤامرات لا تشبه رواية بوليسية أو قصة تجسس، فلا إثارة فيها، إنها نسقية، هي روتين الأنظمة التسلطية والديكتاتوريات التي تحرم المجتمع من أن ينتظم ضمن أطر حرة مما يضعف آلياته الدفاعية.
 لو أخذنا كمثال بشار الأسد سنجد أنه طبيب عيون لكنه كان في السياسة أعمى: لقد فضل قمع الاحتجاجات السياسية والاجتماعية على الإصلاح، وبذلك فتح منافذ واسعة لكل التدخلات الأجنبية، والنتيجة أننا لا نكاد نتعرف على سوريا اليوم. واضح أن التدخلات الخارجية تصبح ممكنة بسبب عمى البصيرة وانعدام الكفاءة. ليس بسبب المؤامرة، ولكن بسبب التفكك الفصامي والمنحرف للأنظمة التي تعتبر مجتمعاتها قاصرة، وتتعامل معها كتهديد كبير أو كعدو.
 لننظر إلى الولايات المتحدة، وزيران سابقان للدفاع عقبا على رغبة ترامب في استعمال الجيش ضد المتظاهرين: ما قالوه بسيط وقوي: "أمريكا ليست ساحة معركة" و"مواطنونا ليسوا العدو". هذا ينطبق أيضا على متظاهري الثلاثاء والجمعة، إنهم جزائريون يريدون أن يتنفسوا، يحبون وطنهم ولا يتحملون رؤيته متضررا، ومن السخافة اتهامهم بالتآمر. في الحقيقة إن تفاهة عدم الكفاءة وغياب البصيرة، وهذا جوهر الأنظمة التسلطية، هو المؤامرة. 
لنضرب مثلا، في سنة 1994 لجأت الجزائر إلى صندوق النقد الدولي الذي فرض عليها إصلاحات هيكلية، وكان من بين توصيات الصندوق اعتماد التقاعد المسبق للتقليل من عدد الموظفين في الإدارة والقطاع العام. وقد طبقت الحكومة التوصية حرفيا وكانت النتيجة أن أفضل إطارات البلد، الذين هم في العقدين الخامس والسادس من العمر، اختاروا طريق الخروج ليصبحوا متقاعدين شبابا ويهاجروا إلى الغرب لبناء حياة جديدة. بقي هنا الأقل كفاءة، وبعض الكفاءات أيضا اختارت البقاء والمقاومة لكن عددهم لم يكن كافيا. كان قرارا مدمرا لأنه أضعف بشكل كبير بنية تقنية جزائرية تم إنشاؤها وتكوينها جيدا وبصبر خلال العقدين الأولين من الاستقلال. لم يكن ذلك مؤامرة فكل شيء جرى بشفافية، لكن عدم توقع أثر هذا الإجراء يخبر، على الأقل، عن انعدام خطير للكفاءة السياسية والاقتصادية. 
مثال آخر، في سنة 2009، وفي ظل خطاب وطني صاخب تم فرض قاعدة 51/49 بالمائة على الاستثمارات الأجنبية وحق الشفعة في حال التنازل عن الأسهم الأجنبية في الجزائر. في الظاهر يبدو الأمر وطنيا جدا وكان ذلك رد فعل على كون أن شركة لافارج استطاعت من خلال لعبة في البورصة، واستحواذها على أوراسكوم، أن تدخل إلى الجزائر دون المرور عبر السلطات الجزائرية. في الواقع كانت هذه التدابير سارية، وبطريقة محقة في قطاع النفط منذ سنة 1971. ولكن توسيعها في 2009 لم تسفر إلا عن عرقلة الاستثمارات الأجنبية خارج قطاع المحروقات، فمن كان المستفيدون الحقيقيون من هذه التدابير؟ بالطبع هم المستوردون الذين كان لهم موطئ قدم في السلطة. هذا الإجراء الذي أثنى الشركات الأجنبية عن المجيء إلى الجزائر للاستثمار لم يمنع تلك الشركات من تسويق منتجاتها هنا بفضل المستوردين. لم تكن مؤامرة بل خيارا سياسيا، والذي جعله ممكنا هو أن الذين يقررون لا يخضعون للمساءلة.
 في الختام.. لا، إذاعة كورونا ليست مؤامرة. نحن نعرف ذلك جيدا، والذين قد يطلقون هذا الاتهام يعرفونه أيضا. ففي تاريخ الأمم المؤامرات ليست هي الحاسمة، بل الحاسم هو الطريقة التي بها ينتظم البلد، وما إذا كان أولئك الذين يحكمونه يحظون بتزكية المواطنين أم لا. الحاسم هو ضرورة الخضوع للمساءلة، هو الفصل بين السلطات، هو السلطات الموازنة، والحريات. هذه هي الأشياء التي تضيق هامش المؤامرة التافهة التي يمثلها انعدام الكفاءة وغياب البصيرة والحڨرة، خصوصا الحڨرة. ولهذا فإن الجزائريين في الداخل أو الخارج ليسوا غزاة بل بناة.
 

samedi 30 mai 2020

La vie en VPN ou le monde virtuel du ministre

La Chine interdit les VPN « pour mettre de l'ordre » - Conseils et ...
Chronique lue vendredi dans le numéro 23 de Radio Corona


Est-ce que vous n’avez pas l’impression, comme moi, que depuis qu’El Manchar de Nazim Baya a décidé de prendre un congé mérité, les pastiches se multiplient ? Le dernier en date est venu du ministre de la com, Amar Belhimer qui a expliqué que les sites qui se prétendent censurés ont tout faux car ils sont accessibles via le VPN.

Le ministre n’étant pas connu pour avoir de l’humour, je suppose qu’il était sérieux. Et c’est assez sidérant. Loin d’être un crack de l’internet, mais m’informant plus ou moins bien de la marche du monde, je sais que l’usage généralisé du VPN est le signe que la censure existe et non pas le contraire.

Le VPN, acronyme de réseaux virtuels privés, est un outil de contournement de la censure. Il serait absurde d’invoquer son usage par les Algériens comme la preuve que la censure n’existe pas.  Par exemple, en Russie, en Chine ou dans les Emirats, l’usage du VPN est interdit. Ils sont totalement dans leur logique autoritaire. On n’imagine jamais un ministre chinois ou russe essayer de prouver que la censure n’existe pas en invoquant la disponibilité du VPN.

Au contraire, les chinois, dont le marché intérieur est juteux, ont contraint Apple à retirer de l’App Store chinois des applications VPN permettant de se connecter à la Toile en contournant la censure imposée dans l’ancien empire du milieu. Cela a fait scandale, mais Business as usual.

Donc, il n’y a pas l’ombre d’un doute, le VPN sert à contourner la censure, il est donc la preuve de son existence et non pas de son inexistence. L’Algérie n’ayant ni le pouvoir d’intimer un ordre semblable à Apple, ni les compétences techniques pour bloquer les VPN, le ministre de la communication a décidé d’en faire un argument en faveur du gouvernement.

C’est tellement tordu comme raisonnement que le logiciel de Hamdi Baala a littéralement planté. Devant son désarroi - qui est un peu le mien - je me suis proposé de faire un ijtihad et d’oser une hypothèse explicative.

Je récuse d’emblée l’idée, soufflée par une amie, qui veut, que pour les dinosaures de mon âge et de l’âge de Belhimer l’ordinateur n’est qu’une machine à écrire un peu sophistiquée et non pas un moyen de se connecter avec le monde. Et donc le VPN, on n’a aucune idée de que c’est et de ce qu’il permet de faire. C’est faux. Les vieux, comme moi et Amar Belhimer, nous manquons probablement d’humour, mais nous comprenons un chitouh chouiya.

Alors ce propos ministériel sur le VPN est-il moment d’égarement ? Moi, je penche plutôt pour une sorte de moment de vérité inconscient qui est l’expression d’un dépit :  la censure souhaitée des sites est bridée par ce salaud de VPN, faisons donc du VPN la preuve que la censure n’existe pas.

C’est assez complexe comme raisonnement, je pense que Sihem, notre émérite psy nationale trouvera mieux que moi les mots pour parler de cet étrange renversement argumentaire. Dans le système dz, jusqu’à il n’y a pas longtemps, on saisissait les journaux au niveau de l’imprimerie et quelques coups de téléphones permettent toujours de faire marcher au pas les TV publiques et privés.

Mais un site électronique, c’est nouveau,  il peut continuer à exister malgré le blocage à cause de ce VPN. Il est néanmoins bizarre d’entendre un ministre faire un quasi-encouragement officiel à utiliser le VPN. Et vous le savez, aucun VPN n’est Algérien, tous sont faits de la main étrangère. Et cette main étrangère peut voir ce que les Algériens lisent derrière le dos de leur pouvoir. Car pour faire simple, un VPN, vous permet de vous connecter à Maghreb Emergent par exemple, à partir d’un autre pays que l’Algérie. L’Allemagne par exemple. Le plus simple serait bien sûr qu’Algérie Télécom ne bloque pas les sites algériens et rend inutile le recours à un VPN et à la main étrangère. Et cela éviterait aussi le gaspillage de la bande passante. Mais pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué, n’est-ce pas,

Sur le fond, il y a dans VPN, le mot virtuel. C’est quelque chose qui cadre bien avec le fonctionnement du régime algérien: des citoyens virtuels, pas réels, un parlement virtuel, pas réel, et une vie politique virtuelle avec des appareils politiques virtuels. L’irruption d’une Algérie réelle sur l’espace public depuis le 22 février 2019 perturbe ce fonctionnement virtuel. Cette Algérie-là, avec ses hauts et ses bas - et parfois ses faux débats - ne veut pas être renvoyée dans un monde virtuel. Elle est là, elle sera encore là quand le confinement finira. Avec ou sans VPN.


 عالم الوزير الافتراضي

ترجمة لنص قرئ بالفرنسية على راديو كورونا
ألا تشعرون مثلي بأنه منذ أن قرر المنشار لنزيم باية الذهاب في عطلة مستحقة تكررت محاولات تقليد أسلوبه؟ آخر محاولة قام بها وزير الاتصال عمار بلحيمر حين أخبرنا بأن المواقع التي تزعم بأنها تعرضت للحجب لا تقول الحقيقة لأنها كلها متاحة من خلال الشبكات الافتراضية الخاصة VPN.
ولأن الوزير غير معروف بروح الدعابة فأنا أفترض انه كان جادا في حديثه. وهذا أمر مثير للدهشة. لست عبقريا في استعمال الانترنيت، لكن ما تعلمته من خلال الاطلاع أن استعمال الشبكات الافتراضية الخاصة على نطاق واسع مؤشر على وجود الرقابة وليس على انعدامها.
الشبكات الافتراضية الخاصة هي أداة للالتفاف على الرقابة، وسيكون من السخافة تقديم استعمالها من طرف الجزائريين كدليل على انعدام الرقابة. في روسيا أو الصين مثلا، أو حتى في الإمارات، يمنع استعمال الشبكات الافتراضية الخاصة، وهم بذلك منسجمون تماما مع منطقهم التسلطي، ولهذا لا يمكن أبدا أن نتخيل وزيرا صينيا أو روسيا يحاول نفي وجود رقابة في بلاده بالتأكيد على توفر الشبكات الافتراضية الخاصة.
على العكس من ذلك، فقد أرغمت الصين شركة آبل الأمريكية على سحب تطبيقات الشبكات الافتراضية الخاصة من متجرها الصيني للتطبيقات حتى لا تسمح بالإفلات من الرقابة التي تفرضها المملكة الوسطى القديمة على مستعملي شبكة الانترنيت، وقد أثار خضوع أبل للطلب الصيني فضيحة لكنه منطق المصالح التجارية كالعادة.
إذا ليس هناك أدنى شك في أن وظيفة الشبكات الافتراضية الخاصة هو تجاوز الرقابة، وهو بهذا دليل على وجود الرقابة لا على غيابها، وباعتبار أن ليس لدى الجزائر القوة التي تسمح لها بفرض أمر على أبل كما فعلت الصين، ولا الكفاءة التقنية لتعطيل هذه الشبكات، فقد قرر الوزير أن يجعل منها حجة لصالح الحكومة.
إنه منطق أعوج إلى درجة أن عقل حمدي بعلة تعطل بشكل كامل، وأمام ارتباكه، وهو حالي أيضا، اقترحت أن أجتهد وأجازف بوضع فرضية لتفسير الأمر.
أنا من البداية رافض لتلك الفكرة، التي أسرت لي بها صديقة، ومفادها أن الكومبيوتر بالنسبة للديناصورات الذين هم بسني وسن عمار بلحيمر، هو مجرد آلة كتابة متطورة بعض الشيء وليس وسيلة للاتصال بالعالم، وبالتالي فإنه لا فكرة لدينا عن الشبكات الافتراضية الخاصة وما يمكننا فعله بواسطتها. هذا غير صحيح، فالشيوخ مثلنا أنا وعمار بلحيمر قد تنقصنا روح الدعابة، ولكننا نفهم ولو شوية.. شيطوح.
فهل كان التصريح الوزاري عن الشبكات الافتراضية الخاصة لحظة مجانبة للصواب؟ أنا أميل إلى الاعتقاد بأنه كان لحظة حقيقة غير واعية تعبر عن شعور بالمرارة: ما دامت هذه الشبكات الافتراضية الخاصة قد أحبطت الرقابة التي كنا نأمل في فرضها، فلنجعل هذا الـ VPN الوغد دليلا على عدم وجود الرقابة.
إنها طريقة تفكير معقدة، وأعتقد أن سهام، طبيبتنا النفسية الوطنية الماهرة، ستجد أفضل مني الكلمات المناسبة للتعبير عن هذا الاستعمال العكسي الغريب للحجة.
في النظام الجزائري، وإلى عهد قريب، كان يكفي حجز الجرائد في المطبعة وبعض الاتصالات الهاتفية لتطويع القنوات التلفزيونية الخاصة والعمومية، لكن الموقع الإلكتروني شيء جديد بإمكانه الاستمرار بواسطة الشبكات الافتراضية الخاصة حتى بعد حجبه، ومع ذلك يبدو غريبا أن يقدم وزير على التشجيع صراحة وبشكل رسمي على استعمال هذه الشبكات. وأنتم أدرى بأن ليس من ضمن هذه الشبكات ما هو جزائري، إنها كلها صنيعة اليد الأجنبية، وهذه اليد الأجنبية بإمكانها رؤية ما يقرأ الجزائريون من وراء ظهر من يحكمهم، ولو أردنا أن نبسط الأمر فإن شبكة افتراضية خاصة تسمح لك بتصفح موقع مغرب إيمارجون مثلا عن طريق بلد آخر غير الجزائر، ألمانيا مثلا، وبالتأكيد فإن الأسهل هو ألا تحجب اتصالات الجزائر المواقع الجزائرية، وبذلك تنتفي الحاجة إلى استعمال الشبكات الافتراضية الخاصة واللجوء إلى اليد الخارجية، وهذا يوفر على الجزائر تبذير قدرات الشريط العابر. لكن لماذا نختار الطريق الأسهل عندما يكون بوسعنا اختيار الأصعب. أليس كذلك؟
في العمق هناك كلمة "إفتراضية" التي تلازم تسمية هذه الشبكات، وهو شيء يناسب تماما طريقة عمل النظام الجزائري: مواطنون افتراضيون، وليسوا حقيقيين، برلمان افتراضي، وليس حقيقيا، وحياة سياسية افتراضية بأجهزة سياسية افتراضية. وبزوغ جزائر حقيقية في الفضاء العام منذ 22 فيفري يعطل هذا الأداء الافتراضي. هذه الجزائر، بما لها وما عليها، وحتى بنقاشاتها المزيفة، لا تريد أن يلقى بها إلى عالم افتراضي، إنها هنا، وستكون هنا أيضا عندما يرفع الحجر الصحي، بالشبكات الافتراضية أو من دونها.



samedi 23 mai 2020

A nos frères dans leur mètre carré de prison

Chronique lue vendredi dans le numéro 21 de Radio Corona

Demain - ou après demain - c’est l’Aïd. Le plus étrange des Aïd. La règle est d’oublier les difficultés et les peines pour faire des voeux, forcer la joie et faire preuve d’optimisme. De l’optimisme, je n’en manque pas et je pense que c’est le cas de beaucoup d’entre-nous. Ce que les Algériens, dans la diversité et la pluralité, ont accompli en une année de Hirak est considérable. Le 22 février dernier j’ai écrit un article en disant que le pays avait passé une “année meilleure que mille mois”. Mille mois, c’est 83 ans. C’est un élan prodigieux. Le  Hirak a restauré l’image de l’Algérie que le régime a considérablement abîmée avec un malade comme apparence présidentielle.

Grâce à sa jeunesse, inventive et plein d’humour, le pays s’est débarrassé de la poussière qui obstruait les vues et la perspective. Les jeunes ont fait du Hirak une fête et une promesse. Mais le plus impressionnant est que ces jeunes avaient pleinement conscience que rien ne sera donné et qu’il faudra faire preuve de patience.

Faire le choix de la silmiya, c’est d’emblée s’inscrire patiemment dans un travail long. Le plus important est que le Hirak a mis la question des libertés au centre de tout. C’est essentiel et c’est bien sur ce terrain que le régime mène la contre-offensive en essayant de changer de sujet, en relançant des débats manoeuvriers autour des questions identitaires. La source d’optimisme est là, la défense des libertés est une cause populaire, ce n’est pas une exigence petit-bourgeoise, comme certains se plaisent à le dire.

Je n’ai pas de peine à être optimiste, mais il m’est difficile de forcer la joie en cette veille de l'Aïd. Comment parler de joie alors que des Algériens sont en prison pour avoir exprimé des opinions et des idées ou pour avoir faire leur job, comme les journalistes?

Je ne me sens pas capable de dire ces pauvres mots de consolation habituels aux parents: 3lahbass lerjal”, “la prison c’est pour les hommes”. Car ce n’est pas vrai, dans un pays indépendant, libéré par les sacrifices des centaines de milliers de femmes et d’hommes, la prison n’est pas pour les hommes ou les femmes qui expriment des idées. La prison, c’est pour les voleurs, les violeurs, les criminels.

Un ami, Amin Khan, poste depuis quelques jours de photos d’identité des héros du mouvement national et de la guerre de libération. Ce qui frappe, c’est leur jeunesse et la détermination que nous devinons chez eux. Beaucoup de ces hommes ont fait de la prison et c’était un parcours normal du combattant sous l’oppression coloniale. Mais nous sommes un pays indépendant et il n’est pas normal que les enfants des combattants d’hier qui ne réclament que la citoyenneté et la liberté soient emprisonnés.

Le régime livre un combat d’arrière-garde et il fait, une fois de plus, dans le gaspillage des opportunités. Car ce régime gaspille beaucoup, les ressources et le temps et sa manière de répondre aux demandes citoyennes le confirme. Choisir le chemin de la répression et de l’autoritarisme ne fait qu’accentuer le ressentiment et les colères, c’est s’interdire de saisir la chance historique de contribuer avec le mouvement populaire à sortir le pays de l'impasse.

Les difficultés majeures qui s’annoncent ne sont gérables que dans le cadre d’un Etat qui bénéficie de l’adhésion du plus grand nombre. Croire que le baston peut remplacer l’adhésion libre, c’est cela le pari le plus risqué pour l’avenir du pays, son intégrité, sa souveraineté … C’est même une folie.

En Août 2012, à Sétif, Bouteflika, c’est sans doute un de ses derniers discours, a lancé son fameux “Tab Jnana”. Bien sur, c’était une déclaration sans lendemain. Kan yekhrot. Mais le constat était juste, le “tab jnanhoum” vaut aussi bien pour Bouteflika que pour  un régime vermoulu, gaspilleur et où la corruption, ainsi que l’a montré le procès des Ouyahia and co, dépasse la plus fertile des   imaginations.

Même si on a peu de chance d’être entendu, il faut toujours interpeller la raison des gouvernants: le monde va devenir encore plus dangereux, plus compliqué et seule une adhésion libre des Algériens dans le cadre d’un Etat de droit permettra de gérer les chocs à venir et d’avancer. C’est ce que le Hirak vous dit. L’Algérie peut être un jardin fertile si un système tab jnanou cesse de l’assécher et laisse sa jeunesse l'irriguer d’intelligence, de culture et de travail.

Mes pensées vont à nos prisonniers, à leur famille. Il se trouve que je connais le père et la mère de Khaled Drareni, ce que j’ai envie de leur dire vaut aussi pour toutes les familles de prisonniers: vous pouvez être fiers de vos enfants, ils sont nos éclaireurs, ils sont bien l’Algérie qui s’est réveillée d’une longue léthargie et qui continuera d’avancer. 

Je termine par ce texte de Mahmoud Darwich intitulé : “Un mètre carré de prison”

C’est la porte, et derrière, l’éden du cœur. Nos choses, 
tout ce qui nous appartient, s’estompent. Porte est la porte, 
porte de la métaphore, porte du conte. Porte qui épure septembre.
Porte qui ramène les champs à la genèse des blés. 
Nulle porte à la porte, mais je peux accéder à mon dehors,
 amoureux de ce que je vois et ne vois pas. 
Tant de grâce et de beauté sur terre, et la porte serait sans porte ? 
Ma cellule n’éclaire que mon dedans. 
Que la paix soit sur moi, et paix sur le mur de la voix. 
En louange à ma liberté, j’ai composé dix poèmes, ici-là et là-bas.
 J’aime les miettes de ciel qui s’infiltrent par la lucarne, un mètre de lumière où nagent les chevaux, 
et les petites choses de ma mère… 
Le parfum du café dans les plis de sa robe quand elle ouvre la porte du jour à ses poules. J’aime la nature entre automne et hiver,
 et les fils de notre geôlier, et les journaux étalés sur les trottoirs lointains. 
Et j’ai composé vingt chansons pour maudire le lieu où il n’y a pas place pour nous. 
Ma liberté : être à l’opposé de ce qu’ils voudraient que je sois. 
Et ma liberté : élargir ma cellule, poursuivre la chanson de la porte. 
Et porte est la porte. Et nulle porte à la porte, 
mais je peux accéder à mon dehors…



متر مربع في السجن


هو البابُ، ما خلفه جنَّةُ القلب. أشياؤنا
- كُلُّ شيء لنا - تتماهى. وبابٌ هو الباب
بابُ الكنايةِ، باب الحكاية. بابٌ يُهذِّب أيلولَ
بابٌ يعيد الحقولَ إلى أوَّل القمحِ.
لا بابَ للبابِ لكنني أستطيع الدخول إلى خارجي
عاشقًا ما أراهُ وما لا أراهُ
أفي الأرض هذا الدلالُ وهذا الجمالُ ولا بابَ للبابِ؟
زنزانتي لا تضيء سوى داخلي
وسلامٌ عليَّ، سلامٌ على حائط الصوتِ
ألَّفْتُ عشرَ قصائدَ في مدْح حريتي ههنا أو هناك
أُحبُّ فُتاتَ السماءِ التي تتسلل من كُوَّة السجن مترًا من الضوء تسبح فيه الخيول
وأشياءَ أمِّي الصغيرة
رائحةَ البُنِّ في ثوبها حين تفتح باب النهار لسرب الدجاجِ
أُحبُّ الطبيعةَ بين الخريفِ وبين الشتاءِ
وأبناءَ سجَّانِنا، والمجلاَّت فوق الرصيف البعيدِ
وألَّفْتُ عشرين أُغنيةً في هجاء المكان الذي لا مكان لنا فيهِ
حُرّيتي: أن أكونَ كما لا يريدون لي أن أكونَ
وحريتي: أنْ أوسِّع زنزانتي: أن أُواصل أغنيةَ البابِ
بابٌ هو البابُ: لا بابَ للبابِ
لكنني أستطيع الخروج إلى داخلي، إلخ.. إلخ

vendredi 22 mai 2020

إلى إخواننا في متر(هم) المربع في السجن

ترجمة لنص قرئ بالفرنسية على راديو كورونا


غدا، أو بعد غد، سيحل العيد.. سيكون من أغرب الأعياد. الأصل في العيد أن ننسى المصاعب والآلام لنعبر عن الأماني، ونستحضر السعادة ونستظهر التفاؤل. وأنا، كحال كثير منا، لا يعوزني التفاؤل .
ما حققه الجزائريون، في ظل التنوع والتعدد، خلال سنة من الحراك مهم. في الثاني والعشرين من فيفري الماضي كتبت مقالا قلت فيه إن بلادنا عاشت سنة خير من ألف شهر. ألف شهر هي ثلاث وثمانون سنة، إنه زخم مذهل. فالحراك رمم صورة الجزائر التي ألحق بها النظام ضررا كبيرا عندما جعل الرئاسة تتمظهر في مريض . 
بفضل شبابه، المبدع والمفعم بروح الدعابة، تخلص البلد من الضباب الذي كان يغشى الأبصار ويحجب الأفق. لقد صنع الشبان من الحراك عيدا ووعدا، لكن المذهل هو إدراكهم العميق بأن لا شيء سيمنح وأن عليهم التحلي بالصبر.
خيار السلمية كان يعني منذ البداية الانخراط بصبر في عمل طويل، والأهم أن الحراك وضع مسألة الحريات في قلب كل شيء، لقد كان ذلك هو الأهم، وعلى هذا الصعيد بالذات يخوض النظام هجومه المضاد سعيا لتغيير موضوع النقاش بمناورة بعث الجدل حول مسائل الهوية، وهنا يكمن مصدر التفاؤل، فالدفاع عن الحريات قضية شعبية، وليست مجرد مطلب للبرجوازية الصغيرة.
لا عناء لدي في أن أكون متفائلا، لكنني أجد صعوبة في استحضار السعادة عشية العيد. كيف نتحدث عن السعادة في حين يقبع جزائريون في السجن لأنهم عبروا عن آرائهم وأفكارهم، أو لأنهم، كما هو حال الصحافيين، أنجزوا عملهم؟
لا أقوى على ترديد تلك العبارة البائسة: "الحبس للرجال" التي عادة ما تقال مواساة لأولياء المساجين، لأن ذلك غير صحيح. في بلد مستقل، وتحرر بتضحيات مئات الآلاف من النساء والرجال، السجن لا يكون للرجال أو النساء الذين يعبرون عن أفكارهم. السجن للصوص، والمغتصبين، والمجرمين.
منذ أيام ينشر صديقي أمين خان صورا تعريفية لأبطال الحركة الوطنية وحرب التحرير، وما يثير الانتباه انهم كانوا في ريعان الشباب وفيهم نستشعر العزيمة. كثير من هؤلاء الرجال دخلوا السجن وكان ذلك عاديا في مسار مكافح تحت الظلم الاستعماري، لكننا اليوم بلد مستقل وليس معقولا أن يسجن أبناء مكافحي الأمس لمجرد أنهم طالبوا بالمواطنة والحرية. 
إن النظام اليوم يخوض قتال حرس خلفي، ويصر مرة أخرى على إضاعة الفرص، لأن هذا النظام يهدر الموارد ويبدد الوقت وطريقة تجاوبه مع المطالب المواطنية تؤكد ذلك. إن اختيار طريق القمع والتسلط لن يقود إلا لمزيد من الاستياء والغضب، وهو إصرار على تفويت الفرصة التاريخية للمساهمة، مع الحركة الشعبية، في إخراج البلاد من المأزق.
في الأفق تلوح مصاعب كبرى لا يمكن تسييرها إلا في ظل دولة تستفيد من انخراط وتجند الأغلبية، والاعتقاد بأن العراك يمكن أن يعوض الانخراط الحر يمثل مجازفة خطرة بمستقبل البلاد، ووحدته، وسيادته، إنه خيار مجنون.
في أوت 2012، وفي سطيف، ألقلى بوتفليقة واحدا من خطاباته الأخيرة وقال فيه "طاب جناننا"، بالطبع لم يتبع ذلك التصريح أي فعل (كان يخرط)، لكن التوصيف كان صحيحا، وعبارة طاب جنانهم تنطبق على بوتفليقة كما تنطبق أيضا على نظام متآكل، ومبذر وفاسد إلى درجة فاقت حدود الخيال كما أظهرت ذلك محاكمة أويحيى وشركائه. 
مهما تضاءلت حظوظنا في أن يسمع الحكام صوتنا فعلينا أن نسائل فيهم العقل والحكمة: العالم سيصبح أكثر خطورة، وأكثر تعقيدا، ووحده انخراط حر للجزائريين في إطار دولة قانون يسمح بتسيير الصدمات القادمة والتقدم إلى الأمام. الحراك يقول لكم إن الجزائر يمكن أن تكون حديقة غناء إذا كف نظام طاب جنانو عن تجفيفها، وترك شبابها يروونها بالذكاء والثقافة والعمل. 
أذكر معتقلينا وعائلاتهم، فأنا أعرف والد ووالدة خالد درارني، وما أرغب في قوله لهم ينسحب أيضا على عائلات المعتقلين جميعا: لكم أن تفخروا بأبنائكم، هم من ينيرون لنا الطريق، إنهم الجزائر التي أفاقت من سبات عميق وستمضي قدما إلى الأمام.
أختم بقصيدة لمحمود درويش عنوانها "متر مربع في السجن". 

متر مربع في السجن

هو البابُ، ما خلفه جنَّةُ القلب. أشياؤنا
- كُلُّ شيء لنا - تتماهى. وبابٌ هو الباب
بابُ الكنايةِ، باب الحكاية. بابٌ يُهذِّب أيلولَ
بابٌ يعيد الحقولَ إلى أوَّل القمحِ.
لا بابَ للبابِ لكنني أستطيع الدخول إلى خارجي
عاشقًا ما أراهُ وما لا أراهُ
أفي الأرض هذا الدلالُ وهذا الجمالُ ولا بابَ للبابِ؟
زنزانتي لا تضيء سوى داخلي
وسلامٌ عليَّ، سلامٌ على حائط الصوتِ
ألَّفْتُ عشرَ قصائدَ في مدْح حريتي ههنا أو هناك
أُحبُّ فُتاتَ السماءِ التي تتسلل من كُوَّة السجن مترًا من الضوء تسبح فيه الخيول
وأشياءَ أمِّي الصغيرة
رائحةَ البُنِّ في ثوبها حين تفتح باب النهار لسرب الدجاجِ
أُحبُّ الطبيعةَ بين الخريفِ وبين الشتاءِ
وأبناءَ سجَّانِنا، والمجلاَّت فوق الرصيف البعيدِ
وألَّفْتُ عشرين أُغنيةً في هجاء المكان الذي لا مكان لنا فيهِ
حُرّيتي: أن أكونَ كما لا يريدون لي أن أكونَ
وحريتي: أنْ أوسِّع زنزانتي: أن أُواصل أغنيةَ البابِ
بابٌ هو البابُ: لا بابَ للبابِ
لكنني أستطيع الخروج إلى داخلي، إلخ.. إلخ



samedi 16 mai 2020

Baya 2006 - Baya 2020 - Pourquoi Al Manchar reviendra

                                                                      


Chronique lue dans le numéro 19 de Radio Corona Internationale



Al Manchar suspend sa parution, les bureaucrates de la censure ne doivent pas trop se réjouir.  Al-Manchar reviendra, c’est une certitude pour moi. Son auto-suspension est juste le révélateur d’un moment aberrant que nous traversons et que l’histoire corrigera.  Al Manchar s’arrête, “الى حين" comme on dit en arabe. Quand? C’est ouvert.

Les mouvements de l’histoire sont lents dans ce pays trop souvent violenté. Et je pense qu’après beaucoup de malheurs et de violences, les Algériens savent ce qu’ils doivent faire avec un système à bout de souffle, qui ne crée pas de valeurs mais en dilapide.

Dans l’adversité, ils ont inventé depuis le 22 février 2019 la voie pacifique du changement faite d’humour et de fraternité. Oui, de fraternité, et je plains ceux qui atteints de strabisme voient des mains étrangères derrière ces bonnes volontés. 

Al-Manchar fait partie de ces petits rivières qui font les grands fleuves. C’est une petite histoire dans la grande qui est entrain de se faire inexorablement même si les tenants d’un régime dépassé n’ont pas encore compris l’énorme opportunité qui leur est offerte de mener un changement dans la paix.

J’ai écrit sur Facebook que Nazim Baya a fait une des plus lumineuses pages des médias algériens. Et qu’il reviendra. Ywelli. Je le maintiens. Ceux qui ont pris un coup de déprime à l’annonce de la suspension d’El Manchar, reprenez-vous! Appréciez plutôt le travail accompli en cinq ans. Al-Manchar a pris une place importante dans notre conspiration publique ouverte et totalement algérienne pour vaincre l’arrogance et la bêtise par le rire.  Il y a un seul et unique Nazim Baya, mais il y a des scies à rire à foison.

Les Algériens, et c’est normal, discutent beaucoup des questions identitaires, un peu trop à mon avis car cela distrait souvent de l’enjeu fondamental qui est celui de la défense des libertés pour tous. Car on peut ne pas avoir les mêmes idées, mais on a besoin des libertés pour pouvoir les exprimer.

La composante non écrite de notre identité, c’est le tqar3ij, la dérision, l’humour, c’est l’arme pacifique par excellence. C’est quand on les perd, que nous prenons la mauvaise pente. Gardons précieusement cette dimension fabuleuse de notre identité, c’est notre remède.

Pourquoi j’ai la certitude qu’Al-Manchar de Nazim Baya reviendra alors que le contexte est anxiogène et que le pouvoir fait preuve d’une irritabilité considérable à l’humour? Difficile à expliquer.

Je remonte à 2006, Baya, là je ne parle pas de Nazim, mais de Baya Gacemi, Allah yerhamha, une brillante journaliste pleine d’humour. Donc Baya est arrivée à nous embarquer, moi, Ali Boudoukha, alias BAB, Rachid Allik Alias Zappa, allah yerhamoum, Djamel Noun, Allah Ytawel fi 3omrou dans le lancement d’un hebdomadaire satirique, qui s’appelait L'Époque.

On a cassé notre tirelire, chacun a mis 150.000 dinars et comme des grands on a lancé le canard. Je ne vais pas encenser notre défunt hebdo mais ceux qui le lisaient - ils étaient pas nombreux, on avait un petit tirage - trouvaient qu’il était de bonne qualité, on avait même dans l’équipe un dessinateur comme HIC, ça compte.

L’hebdo a tenu une année, le temps de bouffer le capital dans le paiement de l’imprimerie. Au cours de cette année d’existence, l'Époque n’a eu qu’une demi-page de pub, cette demi-page restera d’ailleurs un évènement surprenant. Sinon, c’est zéro pub. L'Époque n’était pas fils de pub, et cela ne nous déplaisait pas. On s’amusait librement.

Un opérateur privé a dit à Baya qu’il aimait l'Époque mais qu’il ne lui donnerait pas de la pub car il est dans l’opposition et que cela lui causera des problèmes avec le pouvoir. Baya, un peu surprise, lui a expliqué que le journal n’était pas dans l’opposition mais dans l’humour et qu’il se moquait aussi des opposants. Mais le patron en question qui connaissait bien la maison du pouvoir lui a expliqué que l’humour était forcément de l’opposition. Il a même proposé de donner de l’argent, en sous-main, ce que Baya a refusé avec énergie.

Bref, l’humour égale opposition, voilà sans doute pourquoi le pouvoir est si défiant à l’égard des Algériens, ces grands et malins persifleurs.  Une partie de l’équipe de l'Époque s’est retrouvée en 2008, dans l’Initiative civile pour le respect de la Constitution (ICRC), une tentative désespérée de mobiliser la société civile contre l’amendement de la constitution qui ouvrait la voie à la présidence à vie de Boutef. Nous avons rencontré beaucoup de gens qui disaient être d’accord avec nous mais qui ajoutaient immédiatement: mais à quoi bon, ils vont quand même le passer cet amendement. J’ai appelé cela avec dégoût “l’aquabonisme” et c’est quelque chose qui horripilait Baya Gacemi. 

En 2006, Facebook n’avait deux ans, l’internet était dans la préhistoire en Algérie. Il le demeure d’une certaine façon. L'Époque de Baya, qui n’a pas été inquiété, il a disparu sans possibilité de retour. En 2020, les Algériens sont très connectés et ils sont toujours fidèle au tqar3ij. La disparition de l'Époque de Baya s’est faite sans bruit, la suspension d’el Manchar de Nazim Baya fait un sacré boucan. Et l’aquabonisme, même s’il n’a pas disparu, a perdu du terrain. Cela veut dire simplement que l’histoire a bougrement avancé, que les Algériens ont accumulé… Al-Manchar a apporté sa part. Il prend juste le temps de souffler. Ce n’est pas la fin.

 Le poète Ahmed Fouad Negm et Cheikh Imam ont été un jour empêché à l’aéroport du caire de quitter l’Egypte alors qu’ils devaient faire une tournée en Europe. Sur son paquet de cigarette, Negm a écrit un poème qui fera date:



ممنوع من السفر

ممنوع من الغنا

ممنوع من الكلام

ممنوع من الاشتياق

ممنوع من الاستياء

ممنوع من الابتسام

وكل يوم فى حبك

تزيد الممنوعات

وكل يوم بحبك

اكتر من اللى فات









lundi 30 mars 2020

Le journalisme dont Khaled Drareni est le nom



A la demande de Abdallah Benadouda, manager émérite de Radio Corona Internationale, la radio de la fin "d'un" monde, j'ai fait une chronique sur Khaled Drareni, journaliste incarcéré à la prison d'El Harrach pour avoir exercé son métier: couvrir les manifestations du Hirak. La voici: 


Salam Abdallah, je devais parler de Blida, mais je vais parler de Khaled Drareni. Cas de force majeure, c’est la répression qui impose sa loi, c’est elle qui impose le sujet. Mais je le précise, mon coeur est aussi avec Blida. Nous sommes déjà tous des blidéens même si le régime fait mine de créer des frontières médicales et sécuritaires futiles. Blida, c’est notre front avancé contre le Corona, c’est d’elle que nous apprenons et c’est là que les travailleurs de la santé se débrouillent comme ils peuvent avec les moyens qu’ils ont (et surtout qu’ils n’ont pas le plus souvent) pour endiguer le mal.

Et c’est là aussi, et contrairement à ce qui se dit avec mépris sur le peuple, que les Algériens sont en train de montrer, une fois de plus, combien ils sont bons et bien, et combien ils savent se transcender et être solidaires. Contrairement aux clichés et aux poncifs de l’autodénigrement qu’on entend trop souvent, nous n’avons pas le gouvernement que nous méritons.

Loin de là!  Voilà une raison de plus pour parler de Khaled Drareni.

Il a un nom de martyr, Mohamed Drareni, son oncle qui est mort au combat et qui a été un des fondateurs de l’UGTA historique. C’est son héros, un homme ouvert et déterminé.. C’est son héros intime, son modèle. A la suite d’une des dernières interpellations suivie d’interrogatoire, il avait écrit que “la seule véritable violence que j’ai subie est qu’on remette en cause mon patriotisme, alors que nous étions à une centaine de mètres de la rue Mohamed Drareni (mon oncle paternel)”. Khaled vient d’avoir le soutien émouvant du fils d’un autre chahid, Maurice Audin.

Pourquoi je parle de ça? J’en parle parce qu’il y a des crétins qui effectivement, sans aucune honte, mettent en doute son patriotisme. Khaled n’en fait pas étalage, mais en matière de patriotisme, il n’a vraiment aucune leçon à recevoir.

J’ai connu Khaled Drareni, la première fois en 2008, je collaborais à un journal où il travaillait. Il était très jeune, j’étais déjà assez vieux. Khaled approche aujourd’hui de la quarantaine, j’ai plus de 60 ans et il me fait l’honneur d’être un ami.

Ma génération - pas seulement celle des journalistes - a raté sa part d’histoire, elle n’a pas pu ou n’a pas su prendre les choses en main. En 1992, au moment où il fallait être lucide et courageux, elle a cédé à la peur. C’était le moment difficile à vaincre et que nous avons raté et qui fait qu’on ne va probablement pas laisser de traces  significativeS dans l’histoire.

Khaled est d’une autre génération, moderne, ouverte sur le monde même si le régime a essayé de nous en couper. La génération de Khaled n’a pas eu une meilleure formation que la nôtre, mais elle est souvent plus positive, moins agressive. Moins sectaire.

Ma génération a été marquée par la peur et la domination des patriarches. Même quand elle se veut critique, elle emprunte des biais détournés, des codes, et en définitive contribue à rendre invisible ceux qui contrôlent nos destins sans avoir de compte à rendre. Même les meilleurs d’entre-nous, ont fait un journalisme “spécifique”, codé, allusif. Et qui en définitive ne gênait personne.

Pourquoi j’en parle aussi? Ce n’est pas pour décrier ma génération - Allah ghaleb 3liha, les ratages de l’histoire ne sont pas réparables - mais pour expliquer pourquoi le journalisme que fait Khaled Drareni est meilleur que le nôtre. Et que c'est bien pourquoi il n’est pas apprécié par ceux qui nous gouvernent

Ce journalisme, qui n’a pas la prétention d’être une conscience de son temps, montre et ne cache pas. Il n’utilise pas les termes codés, il nomme. Et pour un système où l’invisibilité est l’armure essentielle, cela est insupportable.

Khaled me rappelle le héros d’un roman, de Doctorow je crois, c’est un noir aux Etats-Unis qui rend les gens de l’establishment malades car il ne se conforme pas à l’assignation qui est fixé aux noirs par le système dominant. On lui demande d’être un noir selon l’assignation du système, lui agit en homme. Cela lui cause des problèmes fous, mais il ne renonce pas à être un homme.

Khaled et beaucoup de jeunes journalistes de sa génération agissent en journalistes et non en journalistes “spécifiques”. C’est bien pour cela qu’il est en avance. En rupture. Qu’il est déjà dans l’Algérie de demain où l’on nomme précisément les choses au lieu de louvoyer et de les cacher.

Salut à toi Khaled, tu es mon héros.